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Rencontre avec le directeur de Cabinet du ministre de l’Éducation nationale

À la suite de la lettre adressée par l’APPEP au ministre de l’Éducation nationale en juillet dernier, nous sommes reçus le 31 août 2018 par Christophe Kerrero, directeur de cabinet de Jean-Michel Blanquer, Isabelle Bourhis, conseillère sociale, chargée des partenariats et de la vie scolaire. Assistaient à cette audience David Muller, chef du bureau des contenus d’enseignement et des ressources pédagogiques, et Ghislaine Desbuissons, chef de la Mission de l’accompagnement et de la formation.

L’APPEP était représentée par Nicolas Franck (président), Marie Perret (vice-présidente) et Pierre Hayat (membre du Bureau national).

En prenant appui sur la synthèse de la consultation de l’APPEP sur la réforme du baccalauréat et du lycée, que nous avions adressée à nos interlocuteurs et dont ils avaient pris connaissance, nous exposons les motifs de mécontentement de nos collègues : la spécialité « Humanités, littérature et philosophie », qui signe la disparition d’un enseignement approfondi de la philosophie et la cantonne dans le champ littéraire ; plus largement, la mise en concurrence des disciplines, accentuée par l’abandon d’une spécialité entre la Première et la Terminale, qui polluera la relation pédagogique entre les professeurs et leurs élèves ; le calendrier de l’année de Terminale, qui conduira à un absentéisme massif ; la dégradation des conditions d’enseignement en séries technologiques, induite par la perte du dédoublement que la réforme ne rétablit pas ; le coefficient de l’« épreuve universelle », inférieur au coefficient de la série S.

Nos interlocuteurs nous répondent que la réforme n’affaiblit pas la philosophie. Au contraire, elle est la seule matière dont le volume horaire augmente. Selon M. Kerrero, quantitativement, qualitativement et symboliquement, il est difficile de dire que la philosophie n’a pas été bien traitée. Il considère que notre demande horaire a été entendue. Nous lui donnons acte de ce dernier point, mais nous ne pouvons nous en satisfaire, dans la mesure où les quatre heures d’enseignement commun se payent de la disparition d’un enseignement approfondi de la philosophie. Nous expliquons vainement à nos interlocuteurs que la Terminale L, en proposant 8 heures hebdomadaires à une classe, rend possible un tel enseignement. Un enseignement approfondi est nécessaire à toutes les disciplines, car il en constitue à la fois le cœur et la norme. Nous contestons la préservation qualitative de l’enseignement de la philosophie. En effet, l’association exclusive avec les lettres méconnaît les productions de la philosophie française contemporaine, sur lesquelles s’appuie la formation des professeurs et qui nourrissent leur travail.

Nos interlocuteurs insistent sur le déclin inéluctable de la L et sur les difficultés que beaucoup d’élèves de cette filière éprouvent à suivre les 8 heures de philosophie. Nous rétorquons que les choses sont plus complexes et beaucoup moins négatives. Les effectifs en L se sont stabilisés depuis plusieurs années[1]. Comme l’ont montré les témoignages que l’APPEP a recueillis, si certains élèves sont d’abord impressionnés par les 8 heures de philosophie, ils sont très vite une majorité à considérer cet enseignement comme irremplaçable dans leur formation. La philosophie en Terminale L est un gage de rigueur : en apprenant aux élèves à être attentifs à l’exactitude des mots et à conceptualiser, elle leur offre un accès à la rationalité.

À nos arguments portant sur le caractère flou de la spécialité HLP, M. Kerrero répond que les champs disciplinaires seront respectés : si l’objet de cet enseignement est commun à la littérature et à la philosophie, chaque matière proposera une perspective propre, et l’épreuve devrait donner lieu à une correction séparée, si cela est exigé par le cadre défini par le CSP.

Nos interlocuteurs opposent à nos arguments pédagogiques sur le calendrier une affirmation catégorique et mystérieuse : les absentéistes n’auront pas le baccalauréat et seront, de toute manière, tenus par le grand oral, pour lequel les élèves réclament déjà des cours. Nous n’obtenons pas d’autre précision.

Nous attirons l’attention de nos interlocuteurs sur l’avenir de la spécialité DGEMC, appelée à devenir un enseignement optionnel en Terminale ouvert à tous les élèves. Mais l’extrême faiblesse de son coefficient laisse craindre sa disparition. Celle-ci serait extrêmement dommageable : de nombreux professeurs se sont formés pour enseigner cette spécialité qui prépare les élèves à l’enseignement supérieur et leur offre de nouvelles perspectives d’orientation. Nous demandons qu’une spécialité droit-philosophie soit proposée aux élèves. Elle permettrait notamment une préparation aux doubles cursus droit-philosophie présents dans de nombreuses universités. Nos interlocuteurs prennent note de notre proposition.

À la question des dédoublements en séries technologiques, il nous est répondu qu’un « fléchage » de l’enveloppe horaire attribuée à chaque établissement pour la constitution de « groupes de travail à effectifs réduits » serait contraire au principe de l’autonomie des établissements. C’est aux professeurs de philosophie de défendre, auprès de leur chef d’établissement, cette demande dans les conseils pédagogiques. Nous faisons remarquer la difficulté des professeurs de philosophie à se faire entendre dans ce cadre et demandons une circulaire sur laquelle ils puissent prendre appui. Nos interlocuteurs répondent qu’ils réfléchiront aux moyens de sensibiliser davantage les proviseurs à la nécessité de dédoubler au moins une heure en séries technologiques.

Nous rappelons que les professeurs de philosophie ont vocation à enseigner l’EMC en Terminale. Nos interlocuteurs nous répondent que l’EMC n’est la propriété d’aucune discipline, ce dont nous convenons volontiers. Ils examineront néanmoins les moyens de faciliter la prise en charge de cet enseignement par les professeurs de philosophie.

M. Kerrero nous avait annoncé au début de l’audience que, compte tenu de son agenda chargé, elle ne pourrait durer plus d’une heure. Nous remercions nos interlocuteurs pour ces échanges qui, malheureusement, n’ont pas permis de dissiper nos vives inquiétudes.

Nous regrettons de ne pas avoir eu le temps d’aborder toutes les questions sensibles soulevées par la réforme.

Compte rendu rédigé par Marie Perret, avec Nicolas Franck et Pierre Hayat.

[1] Selon les chiffres de la Direction de l’évaluation, de la prospective et de la performance du Ministère de l’éducation nationale, s’il y avait 52868 candidats au baccalauréat L en 2011, on en comptait 57889 en 2017. La proportion de candidats de la série L au bac général est restée relativement constante : entre 15,5% et 16%.