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Lettre aux directrices et directeurs d’UFR de philosophie

Mesdames, Messieurs les directrices et directeurs d’UFR, chères et chers collègues, 

Nous aimerions attirer votre attention sur un risque d’affaiblissement de la philosophie dans l’enseignement secondaire qui pourrait, à terme, affecter les départements de philosophie dans les Universités et plus généralement diminuer le nombre d’étudiants qui choisissent un module de philosophie pendant leurs études supérieures.

 Le ministère de l’Éducation nationale s’est engagé dans une réforme du lycée et du baccalauréat, qu’il souhaite effective à la rentrée 2018 pour la classe de seconde, et qui touchera le baccalauréat 2021. Une mission, présidée par Pierre Mathiot, est chargée de lui faire des propositions après avoir consulté l’ensemble des acteurs de l’éducation. Elle rendra son rapport à la fin du mois. Le ministre rendra ses arbitrages en février ; s’ensuivra une période de concertation avec les acteurs sociaux. La réforme doit être bouclée en avril ou mai.

 Comme beaucoup d’autres organisations, l’APPEP a été reçue par la mission Mathiot le 15 novembre 2017 (v. le compte rendu de cette rencontre) à laquelle elle a ensuite adressé une contribution sur l’enseignement de la philosophie au lycée et au baccalauréat.

 À l’occasion des auditions de la mission Mathiot, les grandes lignes de la réforme projetée apparaissent : le baccalauréat ne comprendrait plus que quatre épreuves terminales, le reste des matières étant passé en contrôle continu. Les épreuves finales se répartiraient ainsi : deux épreuves communes à l’ensemble des bacheliers, et deux épreuves de spécialités choisies par eux. La philosophie figurerait dans le tronc commun de matières proposé à tous les élèves et serait l’une des épreuves terminales communes. Elle pourrait également être prise en tant que spécialité. L’année scolaire serait semestrialisée.

Seule épreuve écrite commune à tous les bacheliers, l’importance de la philosophie semble être reconnue et renforcée par ce projet. Pourtant, à y regarder de plus près, la réalité est moins favorable.

 D’une part, la philosophie risque d’être délaissée par les élèves, car elle comptera peu pour leur orientation. En effet, Parcoursup devrait principalement prendre en compte les résultats des disciplines évaluées en contrôle continu, et des enseignements de spécialité, dont les épreuves se passeraient au printemps. En outre, le risque est grand que les élèves négligent l’épreuve de philosophie, dernière épreuve de ce baccalauréat rénové.

Nous n’avons d’autre part aucune certitude sur l’horaire dévolu à l’enseignement de la philosophie. Toutefois, cette réforme s’inscrivant dans le cadre général d’une réduction du nombre d’heures d’enseignement proposé aux élèves, la philosophie sera touchée, et par contrecoup le nombre de postes mis aux concours de recrutement, confirmant une baisse durable de leur nombre. Pourtant, le ministre, que nous avons rencontré, s’est réjoui du haut niveau de recrutements des professeurs de philosophie.

Enfin, et peut-être plus préoccupants à nos yeux, sont les choix proposés aux élèves pour leurs spécialités. Les élèves auraient à choisir une paire de disciplines dans une liste qui, en l’état actuel des réflexions de la mission Mathiot, reconduit les séries que nous connaissons aujourd’hui. Ainsi seraient proposés :

  • Maths/Physique-chimie, Maths/SVT, Maths/Informatique, Sciences de l’ingénieur/Physique-chimie, 
  •  Maths/SES, SES/Histoire-géographie
  • Lettres/Langues, Lettres/Arts, Lettres/Philosophie

 Sur ces neuf couples, la philosophie n’apparaît qu’une seule fois, avec les Lettres, reconduisant et accentuant les défauts de l’actuelle série L. Il est vraisemblable que très peu d’élèves choisissent cet appariement. La philosophie risque donc d’être marginalisée.

Renfermer la philosophie dans son seul rapport aux Lettres, sans tenir compte des sciences, de la logique, de l’épistémologie, de l’esthétique, de son lien à la sociologie, au droit et aux sciences politiques, semble recouvrir une vision passablement étriquée de ce qu’est la philosophie actuelle et passée. C’est ne tenir aucun compte des nombreux doubles cursus promus dans de nombreuses universités.  

Si le projet était maintenu dans son état actuel, il est certain que très peu d’élèves choisiraient la philosophie comme spécialité. Cette marginalisation de la philosophie au lycée aurait des conséquences pour l’enseignement de la philosophie à l’université.

Il nous paraît donc impératif de faire comprendre que la philosophie a autant d’affinités avec les sciences, le droit, l’économie et la sociologie (SES), et les arts. Proposer par exemple des couples mathématiques/philosophie, SES/philosophie ou art/philosophie conduirait les bacheliers à prendre conscience qu’une réflexion philosophique accompagnant la matière ayant leur faveur est décisive et indispensable. Cela devrait les amener à envisager dans leurs études supérieures de ne pas perdre le contact avec elle.

L’enjeu est d’importance. Aussi, lorsque les conclusions de la mission Mathiot seront rendues publiques, il nous paraît crucial que les UFR de philosophie s’emparent de cette question, qui, nous espérons que vous en serez convaincus, n’est pas seulement technique et restreinte à une réforme du lycée.

Nous nous tenons à votre disposition pour toute action commune que vous jugeriez souhaitable et, le cas échéant, serions très heureux de vous rencontrer pour discuter de celle-ci.  

Dans l’attente de votre réponse, nous vous adressons nos meilleurs vœux pour la nouvelle année et nos plus cordiales salutations.

Nicolas Franck, président de l’APPEP

Bertrand Nouailles, vice-président de l’APPEP, chargé des relations avec le Supérieur.