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Lettre au ministre de l’Éducation nationale

Paris, le 18 juin 2018 

 

Monsieur le Ministre,

Lors de laudience que vous nous avez accordée le 1er décembre dernier, vous nous avez assuré vouloir renforcer l’enseignement de la philosophie.

Certes, quatre heures hebdomadaires sont garanties en enseignement commun pour tous les élèves des séries générales.

Mais les élèves des séries technologiques ne se verront proposer que deux heures sans les indispensables dédoublements, alors qu’un enseignement effectif et viable de la philosophie dans les classes de cette filière constitue un enjeu démocratique majeur.

Et en diminuant le coefficient de l’épreuve de philosophie et en la plaçant plus de cinq semaines après les épreuves de spécialité, au terme d’une fin de troisième trimestre qui sera marquée par un absentéisme massif, cette nouvelle organisation du baccalauréat marginalise de fait l’enseignement de la philosophie.

Cette marginalisation est confirmée par un affaiblissement sensible de la présence de la philosophie dans les lycées. En effet, la disparition de la Terminale L ne sera en rien compensée par la spécialité « Humanités, littérature, philosophie », qui reconduit les défauts de la Terminale L sans en avoir les qualités. Tout laisse penser que cette spécialité ne sera même pas présente dans tous les lycées où il y a aujourd’hui une ou plusieurs TL.

La suppression d’un enseignement approfondi de la philosophie dans le Secondaire aura des conséquences sur sa place dans le Supérieur : deux étudiants sur trois qui choisissent de faire des études universitaires de philosophie sont issus de la Terminale L. Et les CPGE littéraires rassemblent une majorité d’élèves issus de cette Terminale.

L’APPEP a lancé le 2 juin une consultation nationale des professeurs de philosophie sur votre réforme du baccalauréat et du lycée. Les résultats complets en seront publiés dès la rentrée scolaire. Mais il apparaît d’ores et déjà que les professeurs de philosophie rejettent massivement l’idéologie trompeuse d’une interdisciplinarité qui ne serait pas assise sur un enseignement disciplinaire préalable. Ils semblent rejeter plus massivement encore cette association exclusive de la philosophie avec les lettres, qui revient à ignorer ses liens avec les sciences humaines, les arts, les mathématiques et les sciences expérimentales.

En effet, un tel appariement exclusif de la philosophie avec la littérature ne correspond nullement aux recherches et aux productions universitaires de la philosophie française contemporaine dont vous connaissez le rayonnement international, pas plus qu’elle ne correspond à l’histoire universelle de la philosophie dont vous n’ignorez pas l’ancrage rationnel.

Dans le cadre de votre réforme, nous vous demandons donc d’associer la philosophie à d’autres disciplines. « Mathématiques complémentaires » et « Droit et grands enjeux du monde contemporain » pourraient ainsi, au lieu d’être des enseignements facultatifs, devenir une moitié de spécialité, dont la philosophie serait l’autre moitié.

En tout état de cause, nous vous demandons de garantir un enseignement approfondi de la philosophie intégralement autonome dans son programme, son horaire et ses épreuves d’examen, en l’associant aux sciences, aux arts, à la littérature et à Droit et grands enjeux du monde contemporain. D’un horaire global au moins égal à celui de l’actuelle filière littéraire, cet enseignement viendrait en complément des quatre heures hebdomadaires d’enseignement commun de la série générale. 

 

Afin de vous exposer plus complètement nos propositions, nous sollicitons une audience auprès de vous, et nous tenons à votre disposition à la date vous voudrez bien nous fixer.

 

Veuillez agréer, Monsieur le Ministre, l’expression de notre très haute considération.

Pour le bureau de l’APPEP, son président,

Nicolas Franck