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Un enjeu historique

Un enjeu majeur des prochaines semaines est l’élaboration du programme de philosophie comme « enseignement commun » en Terminale. Il aura à s’appliquer dans un lycée où l’enseignement de la philosophie sera disloqué : faussement introduit en Première dans une association confuse avec les lettres, il sera autonome en Terminale, mais dans une situation brouillée. Le professeur de philosophie s’adressera en effet à des classes aux effectifs pléthoriques et structurellement hétérogènes : certains élèves auront suivi la spécialité HLP en Première et la poursuivront en Terminale, d’autres l’auront abandonnée, d’autres encore ne l’auront jamais suivie. Chacun de ces élèves pourra par ailleurs avoir choisi des spécialités très différentes. Les difficultés rencontrées par les professeurs dans les classes hybrides ES/L ou ES/S deviendront la règle.

La liberté pédagogique du professeur, consubstantielle à l’enseignement de la philosophie, sera donc plus que jamais nécessaire. C’est la raison pour laquelle, fidèle à ses principes et conformément à une motion votée à l’unanimité lors de son assemblée générale de décembre 2017 (reproduite ci-dessous), l’APPEP demande avec insistance un programme de notions, choisies parmi les plus communes. C’est la seule garantie d’un programme sans orientation doctrinale, et la première condition d’un cours qui s’adresse réellement aux élèves, en partant de leur expérience commune et familière. L’APPEP a reçu sur ce point des garanties du ministre, du CSP, de l’Inspection générale, et du conseiller éducation de l’Élysée. Il faut s’en réjouir. Il y a lieu cependant de rester vigilant.

On entend en effet parfois que le programme actuel n’est pas seulement un programme de notions, mais également un programme d’auteurs et de repères. Or les trois ne sont nullement sur le même plan. Ni doctrinal, ni technique, le travail mené au cours de l’année scolaire est un travail de conceptualisation, de réflexion et de questionnement à partir de notions centrales et familières aux élèves. Les repères ont, de leur côté, une vertu opératoire pour le traitement des notions et ne font pas, en tant que tels, l’objet de questions à l’examen. La liste des auteurs, quant à elle, limite le choix des textes choisis pour l’explication de textes du baccalauréat et l’étude suivie d’une œuvre. Elle ne définit évidemment pas le canon des philosophes à connaître. Les candidats ne sont pas interrogés au baccalauréat sur des repères ou des auteurs, mais sur des notions. Le programme doit donc être un programme de notions, dont l’étude s’appuie sur celle des auteurs et des repères.

Le maintien d’un programme de notions ne signifie toutefois pas que des changements ne doivent pas être apportés.

Le premier porte sur le nombre de notions du programme. Lors de toutes les enquêtes (par exemple le rapport sur la session 2017 du baccalauréat) menées ces dernières années par l’APPEP, la demande massive d’une diminution drastique du nombre de notions à étudier s’est exprimée sans équivoque. La lourdeur de l’actuel programme est en effet éprouvée comme un obstacle à une étude sereine et approfondie des notions, qui laisse le temps de prendre en compte les difficultés des élèves. Il nous a été objecté que les notions ne sont pas des « têtes de chapitre » et qu’une diminution de leur nombre aurait pour conséquence d’élargir le champ de leur étude. C’est se méprendre sur les besoins des élèves, qui, aujourd’hui plus qu’hier, ont besoin de temps pour s’approprier les connaissances, apprendre à lire, écrire, analyser et conceptualiser. C’est également oublier que la liste des notions délimite les sujets d’examen sur lesquels les candidats peuvent être interrogés. L’APPEP demande donc au groupe d’experts chargé d’élaborer le projet de programme d’enseignement commun de réduire sensiblement le nombre de notions du programme. Le cours de philosophie préparerait ainsi plus adéquatement à l’examen, sans y être assujetti ; cela permettrait d’éviter, autant que faire se peut, que les élèves recourent à une indigeste production parascolaire proposant un vade-mecum pour chaque notion.

Le second changement concerne l’épreuve de contrôle du baccalauréat, communément appelée « oral de rattrapage ». Interroger, comme aujourd’hui, les candidats sur une œuvre étudiée pendant l’année ne permet plus de les évaluer convenablement et compromet l’étude suivie d’une œuvre. L’explication de texte orale est, pour la majorité d’entre eux, un exercice inédit le jour de l’examen : sauf éventuellement en L, il est aujourd’hui impossible de trouver le temps d’y préparer effectivement les élèves. Avec la disparition de la L et la généralisation des classes surchargées, il est illusoire d’espérer faire demain ce qui n’existe plus depuis longtemps. On ne peut exiger des candidats qu’ils sachent faire ce qu’on ne leur a pas appris. C’est pourquoi l’APPEP propose de dissocier l’étude de l’œuvre de la préparation de l’oral de contrôle. Celui-ci porterait sur les notions du programme : on donnerait, par exemple, à choisir au candidat entre deux questions qui porteraient sur des parties différentes du programme. À l’instar des autres disciplines, l’épreuve orale de philosophie du baccalauréat serait ainsi au plus proche de l’épreuve écrite et du programme national, et répondrait mieux à son objet d’épreuve de contrôle ou de « rattrapage ».

Bien loin de sacrifier l’étude de l’œuvre, cette redéfinition de l’oral de contrôle la libérerait des contraintes excessives de l’examen et permettrait à chaque professeur d’élargir considérablement son choix, de l’intégrer au travail de l’année scolaire, au lieu que celui-ci soit le plus souvent aujourd’hui limité à des textes courts dont l’étude est négligée par de nombreux élèves qui ne se soucient pas de la préparation de l’oral.

Ainsi, pour l’APPEP, l’imposition d’une réforme systémique du lycée et du baccalauréat ne fait pas disparaître un enjeu historique pour l’enseignement de la philosophie au lycée : la poursuite d’un enseignement libre et formateur du jugement critique, garanti par un « programme de notions » et un horaire minimum de 4 heures hebdomadaires.

Nicolas Franck

Président de l’APPEP

27 janvier 2019

Motion adoptée à l’unanimité par l’Assemblée générale de l’APPEP réunie le 2 décembre 2017.

L’APPEP se reconnaît dans le double objectif défini par l’actuel programme des classes terminales : « L’enseignement de la philosophie en classes terminales a pour objectif de favoriser l’accès de chaque élève à l’exercice réfléchi du jugement, et de lui offrir une culture philosophique initiale. Ces deux finalités sont substantiellement unies. »

Elle considère que le principe de laïcité et l’exigence de liberté pédagogique sont les conditions de la réalisation de ces deux objectifs.

Elle est attachée à un programme de notions choisies parmi les plus communes, qui sont à la fois ordinaires et universelles, font écho à l’expérience familière de tout homme et renvoient à des usages véhiculés par la langue. Ainsi, elles ne sont pas des thèmes arbitrairement choisis, ni des concepts déterminés par l’histoire de la philosophie. Elles donnent l’occasion de réfléchir sa propre expérience et de clarifier ses représentations spontanées. Elles sont la garantie d’un programme qui ne suppose aucune orientation doctrinale et qui fait droit au pluralisme constitutif de l’enseignement de la philosophie.

Pour que le cours ne soit pas un simple survol de ces notions les plus communes, mais soit l’occasion, pour les élèves, de se les approprier et de les conceptualiser, l’APPEP demande la réduction de leur nombre.

Elle souhaite que les notions ressortissant traditionnellement à la métaphysique ne soient pas écartées du programme. D’une part, les questions qu’elles permettent de soulever relèvent autant que d’autres de la rationalité philosophique. D’autre part, elles intéressent les élèves, et on doit considérer comme un impératif qu’elles ne soient pas laissées au hasard des opinions et des émotions, mais examinées d’un point de vue rationnel et critique.

Les repères de l’actuel programme ont une vertu opératoire pour l’étude des notions et le traitement, par les candidats, des sujets proposés au baccalauréat.

La constitution d’une culture philosophique initiale passe par l’étude des auteurs de la tradition, dont la lecture favorise le décentrement d’avec soi et, par conséquent, le jugement critique. Dans les classes de la voie générale, l’APPEP demande donc que figure au programme le principe de l’étude suivie d’au moins une œuvre, en entier ou par extraits, articulée à l’étude des notions.