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L’APPEP redit son soutien à Sophie Djigo

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Six prévenus comparaissaient devant le tribunal correctionnel de Paris, en janvier dernier, pour faits de cyberharcèlement envers notre collègue Sophie Djigo, professeure de philosophie dans l’académie de Lille. La cour a prononcé, ce vendredi 20 mars 2026, un verdict de condamnation pour cinq des prévenus[1].

Si l’APPEP ne peut qu’être satisfaite de voir la justice rendue, elle rappelle l’ampleur et la gravité de la campagne de harcèlement dont Sophie Djigo a fait l’objet, au mépris de la liberté pédagogique des professeurs, pierre angulaire de l’éducation nationale, tout autant que des libertés académiques et du devoir des enseignants de participer à la formation de citoyens responsables.

Rappelons que Sophie Djigo projetait, dans le cadre de son enseignement de philosophie en première année de classe préparatoire littéraire, qui inclut un volet de philosophie politique et de philosophie du droit, d’organiser une rencontre de ses élèves avec une association travaillant à Calais auprès de personnes en situation d’exil, permettant ainsi à sa classe d’approfondir les notions de frontière et d’exil, travaillées notamment à travers les œuvres de Hobbes et de Montesquieu[2].

Mais une campagne de dénigrement et de menace, suscitée par un ciblage du projet et par l’indication du nom de notre collègue par Éric Zemmour, président du parti Reconquête !, a conduit le rectorat de Lille à décider de son annulation. Gravement exposée et déstabilisée par cette situation, Sophie Djigo  a dû être arrêtée six jours pour incapacité totale de travail. Elle a dû être mise sous protection policière. Elle n’a pu reprendre son enseignement qu’après plusieurs mois, dans un nouvel établissement[3]. Fin mars 2026 se tiendra, à la 17e chambre du tribunal de Paris, le procès en diffamation intenté par Sophie Djigo contre plusieurs membres d’organisations d’extrême droite.

L’APPEP a apporté son soutien à Sophie Djigo dès début décembre 2022[4]. Elle lui redit son appui.

Elle le redit également à l’ensemble des enseignants dont le travail au service de la réflexion critique, inhérente à la philosophie, les expose à la vindicte d’organisations hostiles. De telles organisations, qui jugent du travail de la pensée sur elle-même selon des slogans qu’elles prennent pour des idées et qui prétendent défendre la cité en brimant en son principe l’apprentissage de l’esprit critique essentiel au citoyen, sont un péril pour l’enseignement philosophique.

L’APPEP rappelle également que le devoir de neutralité du fonctionnaire dans l’exercice de ses fonctions ne peut être invoqué contre un travail pédagogique parfaitement justifié par les programmes ou par les exigences de la recherche, qu’ils contredisent ou non les convictions politiques de tel ou tel groupe de personnes.

 21 mars 2026

[1] https://www.sudouest.fr/international/migrants-et-refugies/enseignante-harcelee-pour-une-sortie-aupres-de-migrants-jusqu-a-huit-mois-de-prison-avec-sursis-pour-les-auteurs-28371062.php

https://www.lavoixdunord.fr/1686271/article/2026-03-20/ils-avaient-cyberharcele-sophie-djigo-professeure-nordiste-cinq-hommes-condamnes

https://www.humanite.fr/politique/cyberharcelement/foutez-donc-la-paix-aux-gosses-qui-nont-en-rien-a-foutre-de-vos-clandestins-envahisseurs-les-harceleurs-dune-enseignante-condamnes-jusqu

[2] Voir l’article de Soazig Le Nevé et Samuel Laurent dans Le Monde du 5 décembre 2022 : https://www.lemonde.fr/societe/article/2022/12/05/de-la-sortie-pedagogique-a-la-campagne-de-haine-comment-une-enseignante-a-ete-harcelee-par-des-soutiens-d-eric-zemmour_6152947_3224.html

[3] Voir l’article de Sophie Lecherbonnier dans Le Monde du 21 janvier 2026 : https://www.lemonde.fr/societe/article/2026/01/21/prison-avec-sursis-requise-apres-le-cyberharcelement-d-une-professeure_6663475_3224.html

[4] https://www.appep.net/communique-de-soutien-a-notre-collegue-de-valenciennes/