Alors qu’un mois à peine s’est écoulé depuis la rentrée scolaire, un mouvement lycéen a pris forme et s’accroît de manière considérable. Il a principalement pris l’aspect de blocages d’établissements et de manifestations.
Face à cette situation, le gouvernement, faisant passer au second plan les revendications des lycéens et mettant en avant des actes de violence et de vandalisme survenus en marge du mouvement, a fait le choix d’une démonstration de force de grande ampleur : mobilisation massive et action souvent spectaculaire des forces de police ; fermeture pure et simple de plusieurs centaines d’établissements.
À côté de ce choix aggravant les tensions, l’affichage d’une ouverture au dialogue est difficile à prendre au sérieux. Elle commence par des annonces ministérielles qui déguisent le refus d’entendre en une très vague promesse de rendre possible davantage de « démocratie scolaire » dans l’avenir, au mépris de la demande concrète, par les lycéens, de « moyens pour avoir des conditions d’enseignement normales, dans des espaces propres, devant des enseignants qui sont suffisamment nombreux et remplacés quand ils sont absents »[1].
Les associations signataires jugent la réponse gouvernementale totalement inadaptée à une mobilisation lycéenne qu’il est profondément injuste de présenter comme un trouble grave à l’ordre public, au prétexte de débordements et de violences bien sûr inadmissibles, mais qu’on ne peut raisonnablement imputer à la mobilisation elle-même.
Les associations signataires protestent tout particulièrement contre la violence répressive manifestée par certaines forces de police.
Elles ne sauraient admettre la légèreté avec laquelle le ministre de l’Éducation nationale a procédé à une mise en distanciel massive de milliers d’élèves et de professeurs, sans aucune considération des traumatismes suscités par le tout-distanciel à l’époque de la crise sanitaire.
Les associations signataires ne peuvent que constater la convergence globale des revendications des élèves avec les diagnostics et exigences qu’elles ne cessent de marteler depuis plusieurs années à un ministère qui y reste sourd.
La protestation lycéenne rejoint la dénonciation par les professeurs des conditions d’apprentissage de moins en moins soutenables sur fond de manque criant de moyens : manque d’enseignants bien formés et multiplication des recrutements temporaires sans la garantie apportée par les concours ; refus constant des moyens permettant de rendre la profession attractive ; programmes devenus trop lourds en raison de la réforme Blanquer ; pression anxiogène du contrôle continu et du système d’orientation Parcoursup ; classes surchargées ; insuffisance des conditions de préparation aux examens.
Tout en prétendant réformer l’organisation générale du lycée et améliorer la qualité de la formation et de l’orientation des élèves, les ministres successifs n’ont eu de cesse, depuis près d’une décennie, d’enfoncer toujours plus le système public d’éducation dans la crise en refusant de lui fournir, quantitativement et qualitativement, les moyens de remplir ses missions, que ce soit au lycée ou au collège.
Les associations signataires appellent le gouvernement à agir dans le sens de l’attente légitime, formulée fortement aujourd’hui par les lycéens et depuis longtemps par les professeurs, des conditions concrètes d’une instruction effective et sereine.
APBG (Association des professeurs de biologie et géologie)
APHG (Association des professeurs d’histoire et de géographie)
APMEP (Association des professeurs de mathématiques de l’enseignement public)
APPEP (Association des professeurs de philosophie de l’enseignement public
APSES (Association des professeurs de sciences économiques et sociales)
Sauver les Lettres
UPBM (Union des professeurs de physiologie, biochimie et microbiologie)
[1] Termes du vice-président de l’organisation Les lycéens ! à la sortie du ministère d’après Le Monde du 3 octobre 2026.
