Motion 1
Renforcer la place de la philosophie dans l’enseignement scolaire
Si nul ne met ouvertement en question, aujourd’hui, le rôle essentiel de l’enseignement de la philosophie dans la formation des lycéens, force est de constater que cet enseignement est devenu particulièrement difficile. De nombreux élèves peinent à lire, à s’exprimer à l’écrit et a fortiori à y élaborer une réflexion cohérente et argumentée, difficultés relevées par le ministère lui-même. La philosophie suppose des connaissances ou des repères généraux qui font souvent défaut. Alors même que le faible coefficient de la philosophie soutient peu l’effort des élèves pour s’approprier une discipline réputée essentielle, le temps imparti à l’apprentissage de la philosophie et à l’entraînement aux exercices du baccalauréat est mal adapté aux exigences et attendus de la discipline. L’organisation de devoirs sur table de 4 heures pour préparer aux épreuves finales est rendue très difficile par la nouvelle grille d’emplois du temps et l’usage très fréquent de l’intelligence artificielle rend les devoirs à la maison souvent peu fiables.
Des horaires insuffisants, au vu de la situation actuelle, dégradent ainsi les conditions de travail et de réussite des élèves et conduisent, dans de nombreux cas, à une surcharge de travail pour les professeurs. Dans ces conditions, il se constitue un redoutable cercle vicieux d’après lequel les obstacles accumulés contre un apprentissage rigoureux et serein servent de prétexte au maintien d’un faible coefficient, alors même qu’il faudrait impérativement le relever.
L’Appep continue donc d’accorder la priorité à trois dispositions techniques qui permettraient de mettre en cohérence le discours officiel de soutien à notre discipline et la réalité des mesures prises pour contrer les nouvelles difficultés rencontrées par les collègues :
- en premier lieu, le relèvement du coefficient, à parité avec le français dans la voie générale et au moins à 6 % du total dans la voie technologique ;
- l’obligation faite aux chefs d’établissement de soutenir l’organisation d’au moins deux baccalauréats blancs de philosophie pour chaque élève de terminale générale et technologique ;
- la généralisation du dédoublement de la deuxième heure en terminale technologique à tout professeur qui en fait la demande, dès lors que les effectifs dépassent vingt-quatre élèves.
L’Appep juge également urgent qu’une réflexion soit menée sur les différentes manières d’augmenter le volume horaire dévolu à la philosophie.
Dans cette optique, elle invite l’ensemble des professeurs de philosophie :
- à s’exprimer sur les formes de renforcement de l’enseignement de la philosophie qui leur semblent souhaitables et possibles ;
- à enrichir l’argumentation en faveur d’un tel renforcement, en tenant compte des obstacles qui sont susceptibles de lui être opposés, de quelque nature qu’ils soient ;
- à faire état de leurs propres expériences ;
- à réfléchir, s’il y a lieu, au programme et aux attendus qui pourraient préciser cet enseignement.
Motion 2
Pour un colloque sur l’unité de l’enseignement de la philosophie
Que ce soit au lycée, à l’Université, en classes préparatoires, dans les grandes écoles ou dans d’autres cadres, la philosophie est très largement enseignée, et sous de multiples formes : tronc commun et spécialité HLP, au lycée ; dans des départements de médecine, de droit, de sociologie, aussi bien que de philosophie, à l’Université et dans les autres institutions d’études supérieures ; de manière différente selon les diverses filières de CPGE. L’enseignement de la philosophie possède la signification indissolublement épistémique, éthique et civique que lui donne le préambule du programme de philosophie du lycée général et technologique, « l’enseignement de la philosophie vise à développer […] le souci de l’interrogation et de la vérité, l’aptitude à l’analyse et l’autonomie de la pensée sans lesquels [les élèves] ne sauraient appréhender la complexité du réel »[1].
L’Appep se propose l’organisation d’un colloque visant à faire le point sur la diversité des formes de l’enseignement de la philosophie, sur ce qui en fait l’unité, mais aussi sur la variété des champs non philosophiques de formation et de recherche que l’enseignement philosophique peut nourrir.
Les cours de philosophie pour les élèves de lycéen, pour les élèves-ingénieurs, pour les étudiants en classes préparatoires littéraires, scientifiques, économiques et commerciales, ou encore pour étudiants en médecine, en arts appliqués et dans les INSPÉ, et ceux prodigués dans les départements et facultés de philosophie ont-ils la même visée ? Au lycée, enseigne-t-on la même discipline en spécialité HLP, en partenariat avec les lettres, et avec une épreuve terminale très différente de l’épreuve commune ? Des formats différents d’enseignement philosophique attestent une large demande de philosophie et, dans une certaine mesure, on peut parler d’un renouveau des formes d’enseignement, mais s’interroger aussi sur les conditions du maintien d’un haut niveau d’exigence philosophique.
C’est pour répondre à des questions de cet ordre, et dans l’objectif de réaffirmer le caractère décisif de l’enseignement philosophique et sa pleine légitimité, que l’Appep forme ce projet d’un colloque qui doit en particulier favoriser une rencontre des enseignants du secondaire et du supérieur.
Motion 3
Sur l’épreuve de philosophie dans la voie technologique et sur sa préparation
Conformément à la motion de l’Assemblée générale du 24 mai 2025 « sur la préparation de l’épreuve de philosophie au baccalauréat »[2], l’Appep s’est enquise auprès des professeurs de philosophie des évolutions qu’ils pensaient souhaitables pour l’épreuve de philosophie du baccalauréat. Parmi les résultats de cette enquête, qui figurent dans la synthèse générale de l’enquête annuelle 2025[3], il ressort que les professeurs jugent majoritairement nécessaire une évolution de l’épreuve en voie technologique.
L’Appep a organisé, en plus de son enquête annuelle, un questionnaire sur les exercices et la nature de l’épreuve du baccalauréat en terminale technologique. Il apparaît que la nature des exercices (dissertation et explication de texte) n’est généralement pas remise en cause, même si des adaptations sont souhaitées et proposées. Les exercices sont jugés formateurs en raison de leur exigence intellectuelle ; ils obligent les élèves à développer une analyse critique, une argumentation organisée et dialectique à l’écrit qui favorise l’esprit de discussion ; ils sont l’occasion de réfléchir leur existence et leurs opinions. Si la question de la durée de l’épreuve est posée, il apparaît toutefois qu’elle est surtout un enjeu dans la mesure où les élèves ont pour la plupart des difficultés à saisir ce qui est attendu d’eux.
Ces constats nourrissent une préoccupation de l’Appep qui ne peut se satisfaire des conditions d’enseignement de la philosophie dans la voie technologique. Le petit nombre d’heures, la lourdeur des effectifs, pas toujours dédoublés, ainsi que la faiblesse du coefficient transforment en gageure la formation du « jugement critique des élèves » requise par le B.O.E.N[4] et la préparation à l’épreuve du baccalauréat.
L’Appep prend acte de l’attachement des professeurs de philosophie à une épreuve de quatre heures, qui donne aux candidats le temps nécessaire à la réflexion. Elle prend également acte de l’attachement des professeurs de philosophie aux exercices de dissertation et d’explication de texte. Elle mettra en place un groupe de travail auquel les professeurs enseignant dans la voie technologique sont invités à participer.
Elle réitère sa demande constante d’un dédoublement de la deuxième heure pour toutes les classes de la voie technologique sans exception, lorsque les effectifs dépassent 24 élèves.
Elle demande également un rééquilibrage des coefficients qui porte à au moins 6 % celui de la philosophie à l’examen du baccalauréat.
Motion 4
Sur la spécialité HLP
La spécialité Humanités, Littérature et Philosophie continue de porter les marques de la précipitation, effet du rythme brutal des réformes Blanquer : programme à la fois trop flou dans sa thématique et inutilement précis dans ses recommandations, exercices mal pensés et mal définis, épreuve bien mal adaptée à l’élaboration d’une réflexion philosophique consistante et dont, par ailleurs, bien des collègues de lettres se plaignent aussi.
L’Appep, qui soutient les efforts fournis par les professeurs de philosophie pour faire de cet enseignement un authentique enseignement de philosophie, les a appelés dans le cadre d’un colloque[5], en étroite collaboration avec les professeurs de lettres qui y étaient conviés, à engager une réflexion sur des pistes d’amélioration.
Cette rencontre ayant confirmé la nécessité de certaines évolutions, l’Appep demande à l’Inspection générale qu’une consultation ait lieu en vue d’une réforme de l’épreuve finale, en particulier au regard des difficultés que son format actuel engendre :
- un temps trop court laissé aux élèves pour faire réaliser les exercices qui leur sont proposés ;
- des sujets d’examen trop souvent sans lien clair avec le programme ;
- un traitement difficilement équitable des candidats qui passent l’épreuve respectivement les jours 1 et 2 ;
- une différence assez déstabilisante pour les candidats entre les exercices demandés en spécialité et ceux qui le sont en tronc commun.
L’Appep demande également à l’Inspection générale le lancement d’une nouvelle consultation sur la nature du programme, à la lumière de plusieurs années d’expérience, particulièrement en ce qui concerne sa pertinence pour un apprentissage de la philosophie.
L’Appep maintient enfin sa demande qu’une heure hebdomadaire de concertation entre professeurs de lettres et de philosophie, seuls à être responsables d’une spécialité bi-disciplinaire, soit introduite dans les emplois du temps et comptée dans les services.
Motion 5
Contre le maintien des professeurs contractuels dans la précarité
Licenciement après plusieurs années de service, maintien dans une fonction précaire pendant des décennies, opacité des règles d’accès à l’emploi, négligence de la formation initiale et continue, découragement de la titularisation par le risque élevé de mutation lointaine : l’insécurité inhérente aux conditions de travail des professeurs contractuels est intolérable.
L’Appep, qui attache une grande importance à l’accès à l’enseignement par la voie du concours, voie la plus équitable et la plus profitable aux élèves, sait également que la banalisation du recrutement par contrat tient à un maintien excessivement bas du nombre de place aux concours du CAPES et de l’agrégation, alors même que le vivier de candidats est d’un niveau notoirement élevé en philosophie. Le mauvais traitement induit par cette situation est aussi inacceptable que l’injustice à l’égard de potentiels professeurs ainsi éloignés du métier.
L’Appep déplore également l’inégalité de traitement des professeurs contractuels selon les académies : paiement ou non durant l’été, diversité des horaires dévolus, de la qualité de la formation, etc.
L’Appep demande :
- une augmentation substantielle du nombre de postes au concours ;
- une transparence des pratiques académiques de recrutement, de payement, de formation pédagogique et de préparation aux concours ;
- une harmonisation de ces pratiques dans le sens d’un alignement sur les meilleures conditions offertes ;
- une politique ferme d’incitation à la titularisation par une offre substantielle de formation et par une prise en compte de l’ancienneté des contractuels dans leur académie, pour l’affectation suivant la titularisation ;
- une politique forte de stabilisation des professeurs contractuels en établissement et une lutte contre l’usage parfois systématique des contractuels comme simples remplaçants, en contradiction avec l’exigence de maintenir un vivier de titulaires remplaçants.
L’Appep engage les professeurs contractuels à renseigner le questionnaire qu’elle leur soumettra prochainement en vue d’une connaissance plus fine de la diversité des situations.
Motion 6
Pour la reconnaissance de la surcharge pédagogique liée aux effectifs en philosophie
Alors que l’enseignement de la philosophie au lycée repose sur des exigences pédagogiques spécifiques (correction régulière de copies longues et argumentées demandant des commentaires circonstanciés ; préparation aux exercices nationaux du baccalauréat à un rythme soutenu en lien avec un programme copieux, en moins d’une année entière ; nombre de classes souvent élevé, sans perspective d’un dédoublement), les obligations réglementaires de service demeurent principalement définies en heures d’enseignement, sans prise en compte suffisante du nombre réel d’élèves suivis ni de la charge de correction que ce nombre induit.
En outre, si, d’après les enquêtes successives de l’Appep[6], ces effectifs semblent s’être stabilisés à une moyenne de 135 élèves environ par professeur depuis l’année 2021-2022 (après une augmentation moyenne de 10 par rapport à l’année précédente), une grande disparité de la structure des postes laisse penser que pour de nombreux professeurs, les effectifs et la surcharge de travail qui en résulte atteignent un niveau hautement critique : corrections réalisées tard le soir ; repos du week-end et des congés devenus fictifs ; multiplication de mails et messages Pronote à traiter pour les cas particuliers, etc. Les classes en pâtissent : impossibilité de maintenir des délais pédagogiquement pertinents de restitution des copies ; réduction contrainte de la fréquence des devoirs ; dégradation du suivi individualisé ; épuisement professionnel accru.
L’Appep estime que les conditions de l’enseignement de la philosophie rendent déraisonnable et dangereuse la situation d’un professeur ayant à suivre plus de 130 élèves.
Elle appelle le ministère, les rectorats ainsi que les corps d’inspection à s’emparer de cette situation et à élaborer les dispositifs qui conviennent, par exemple par un mécanisme de pondération diminuant les obligations de service à proportion de la hauteur des effectifs, ou par des indemnités compensatoires au-delà d’un nombre déterminé d’élèves, de manière à ne jamais dépasser 130 élèves par professeur de philosophie.
[1] https://eduscol.education.gouv.fr/sites/default/files/document/spe238annexe11159159pdf-83640.pdf
[2]https://www.appep.net/motions-votees-par-lag-le-24-mai-2025/
[3]Voir p. 15 et suivante de la synthèse consultable sur le site de l’association : https://www.appep.net/enquete-2025-sur-lenseignement-et-les-epreuves-de-philosophie/
[4]Philosophie en terminale technologique, BO spécial n°8 du 25 juillet 2019 : https://eduscol.education.gouv.fr/sites/default/files/document/spe238annexe21159161pdf-83643.pdf
[5] « Repenser la spécialité HLP : retours d’expérience et perspectives d’amélioration d’un nouvel enseignement », École normale supérieure, samedi 15 novembre 2025.
[6] Voir l’ensemble des synthèses ici : https://www.appep.net/category/enquetes/
