Assemblée générale
de la Régionale d'Orléans-Tours,
le 20 octobre 2001 à Tours.
Des TPE et de l'ECJS, il fut inévitablement question.
Nous avions l'an passé exprimé nos doutes, nous
voici désormais très souvent impliqués ou
compromis, de gré pour certains, plus ou moins de force
pour d'autres.
Il ne s'agit de rien d'autre (sauf à démissionner)
que de faire de nécessité vertu. Le programme d'ECJS
des classes terminales, programme de notions, laisse au professeur
de Philosophie une certaine autonomie. Mais ce même programme
réclame que les notions soient abordées au travers
de questions d'actualité. L'actualité pouvait être
jusqu'alors pour un élève l'occasion d'exercer une
autonomie balbutiante, au sortir de l'École. C'est maintenant
dans le cadre même de celle-ci qu'elle doit prendre forme.
Craint-on l'erreur au point que l'on veuille s'assurer que les
élèves pensent bien, pensent droit, avant de n'être
plus encadrés ? Reconnaît-on l'insuffisance de l'autonomie
acquise au point qu'il faudrait former l'opinion quant à
ce qui préoccupe journalistes et gouvernants (la mondialisation,
l'élargissement de la Communauté Européenne,
la parité, les particularismes régionaux, sexuels,
etc...) ? S'agit-il donc encore d'éducation ou de formation
? Éduquer, c'est rendre capable d'autonomie, non définir
ce à quoi devrait conduire cette autonomie face aux problèmes
sociaux ou politiques du moment !
Sans doute le professeur de Philosophie est-il à même
d'orienter les élèves vers les sources les plus
sérieuses, de faire de cette recherche un travail pour
faire du "débat" exigé qu'il soit, à
la manière d'une dissertation, un dialogue. Il conviendrait
de s'assurer que jamais le professeur ne se mêlera des réponses
que les élèves apporteront. La demande, de plus
en plus pressante, pour que les professeurs interviennent sur
"l'actualité" (ce que certains jugent ainsi),
nous met de plus en plus en position de directeur de conscience.
Nous n'évitons pas ce risque en prétendant détourner
ce programme, en prétendant l'ouvrir à d'autres
perspectives que celles attendues. La laïcité, qui
exige que le savoir soit le seul objet de notre rapport aux élèves,
n'en sort pas grandie. De professeur nous risquons de devenir
adulte-médiateur, adulte et rien de plus, avec pour seule
légitimité les certitudes ambiguës de la maturité,
et bien sûr, la légendaire sagesse des philosophes,
leur légendaire capacité au doute
Tel est l'état de nos doutes, sans que cela signifie nécessairement
refus. Beaucoup d'entre nous se retrouvent dans cette inconfortable
position, moyen pour eux d'occuper la place plus que réel
désir. Il conviendrait que notre association précise
les conditions de notre participation : le volontariat, dans les
seules classes terminales, dans la continuité de nos classes
(ce qui permettrait, un peu, de combattre le chantage aux emplois
du temps, sans interdire que des collègues, réellement
volontaires, acceptent d'autres conditions).
Il convient de dire d'ailleurs qu'occuper la place, y compris
celle des TPE, peut être un moyen de combattre la pédagogie
spontanéiste dont les IUFM font grand cas, sous le nom
de maïeutique. Tels qu'ils sont conçus par ceux qui
les promeuvent, de l'intérieur des IUFM (notamment), ECJS
et TPE ne sont pas des exercices parallèles aux travaux
disciplinaires. Ils ne sont aucunement annexes, mais introduction
d'une autre manière de travailler, dont ils espèrent
qu'elle sera bientôt la seule.
De ce point de vue, c'est l'élève qui "travaille".
Mais là où certains, avec bon sens, pourraient croire
qu'il s'agit d'exercer une autonomie réalisée dans
les savoirs disciplinaires, il y a (dans l'esprit des susnommés)
le seul moment où l'élève acquiert un savoir
en le produisant par lui-même, à partir de son ignorance,
par la confrontation aux documents qu'il rencontre.
Ce n'est donc pas la même chose de concevoir les TPE comme
un travail qui conclurait plusieurs années d'études,
obligerait à reconnaître ce que les savoirs disciplinaires
ont de complémentaires, et de concevoir ces TPE comme méthode
même de tout enseignement, celle où, butant sur la
difficulté, 1'élève auto-produirait son savoir.
C'est la fin des professeurs qui est ainsi programmée,
fin des cours où l'on apprend quelque chose, fin aussi
des élèves, condamnés à rester prisonniers
de ce qu'ils sont.
On peut donc concevoir les TPE soit comme un aboutissement soit
comme un commencement. Dans le premier cas, l'élaboration
du savoir, le temps des cours, avec un professeur travaillant
et faisant travailler l'élève, fait 1'autonomie.
Dans le deuxième, l'ignorance, virginité supposée
de l'esprit (?), est posée comme condition, donc suppose
l'absence du professeur comme tel. Le professeur, le documentaliste,
sont là dans le seul but de mettre en contact avec le savoir
déjà contenu dans des "documents". Nous
savons que tout cela revient à abandonner nos élèves
à leurs difficultés et aux préjugés.
Au mieux Ies travaux proposés, si l'on suit cette démarche
seront des exposés, simple accumu1ation de ce qui semble
avoir un rapport avec le sujet.
Notre participation aux TPE y changera-t-elle quelque chose :
rien ne peut l'assurer, mais rien n'interdit de l'espérer.
Nos collègues, de toute discipline, ne sont pas si fermés
à la critique de ce pédagogisme et mesurent généralement
aussi bien que nous les désastres engendrés par
ces innovations conduisant plus que jamais à un bac simple
instrument de reconnaissance sociale. Les textes d'accompagnement
que nous avons reçus se prêtent eux-mêmes à
diverses interprétations.
En tout cela donc, rien ne dit qu'il serait effectivement impossible
de faire de nécessité vertu.
Nous avons, par ailleurs, sous l'impulsion heureusement critique
de l'un de nos collègues, discuté de l'état
et de l'avenir de notre association. Point n'est besoin de se
cacher que l'image de notre association, depuis longtemps, est
souvent celle d'une association vieillissante, peu ouverte au
débat. Mais ne s'agit-il pas que d'une image, créée
de toutes pièces par ceux qui nous sont hostiles ? Image
ou réalité, ceci nous a amenés à une
réflexion sur les raisons de la faible adhésion
de nos jeunes collègues, d'autant que beaucoup d'entre
eux se sont opposés au programme Renaut d'un point de vue
identique à celui de notre association.
Notre association occupée, à juste titre, à
défendre l'essentiel, ne s'est peut-être pas assez
préoccupée de conditions d'enseignement qu'il faut
dire actuelles. Des effets de la massification (et de 1'état
d'esprit dominant de cette époque) nous ne sommes pas coupables.
Il n'y a pas d'échec propre à la Philosophie. Les
moyennes plus élevées des autres disciplines ne
témoignent d'aucune réussite particulière.
Mais, pour le dire vite, on ne peut demander à nos collègues
de parler devant des élèves, en faisant le meilleur
des cours possibles, sans qu'ils s'inquiètent de les voir
n'y rien comprendre. Sauf à encourager l'autisme des professeurs
comme technique de survie, ne rien dire de tout ceci c'est encourager
à se jeter dans les bras, grands ouverts, du pédagogisme,
d'une technicisation de notre enseignement offrant l'apparence
de la réussite. Notre revue, par exemple, sans y être
fermée, nous le savons, ne témoigne pas d'un souci
très grand des problèmes que rencontrent (inégalement
sans doute) les professeurs de lycée. Il ne peut suffire
de renvoyer nos collègues aux critiques, si justifiées
soient-elles, de la réforme de l'E.N., d'une utilisation
politique de l'École, d'une conception consumériste
et individualiste, etc. , pour attirer ceux qui ne pensent pas
pour autant qu'il n'y a rien à faire. En attendant un monde
meilleur, nous avons à faire cours devant des élèves
auxquels il nous faut parler, dont il nous faut être entendus,
tels qu'ils nous arrivent. C'est une réflexion sur les
conditions d'une vulgarisation ne cédant rien des exigences
qui sont les nôtres qui doit être développée.
Rien n'interdit que cela soit fait en même temps que nous
continuerons de défendre la qualité des concours
de recrutement ou d'encourager chacun d'entre nous à continuer
sans cesse d'être étudiant pour être meilleur
professeur.
Pour le bureau,
S. Perrier.
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