Dossiers et actions
En cette année électorale, le bureau national a décidé de s’adresser aux candidats à la Présidence de la République au moyen d’un texte qui résumait notre conception de l’enseignement philosophique, ainsi que son rôle dans le système éducatif et qui comportait l’essentiel de nos revendications (voir revue, 57e année, n° 4, mars-avril 2007). Seules deux candidates nous ont répondu. C’est maintenant au Président élu et au gouvernement nommé qu’il faut nous adresser, car nous ne sommes pas sans inquiétude sur le sort de l’enseignement philosophique dans les projets affichés.
Nous avons manifesté notre hostilité vis-à-vis de la révision des « décrets de 1950 » qui consacrait la suppression de l’heure de première chaire, conduisait à l’éclatement des services sur plusieurs établissements au mépris des garanties statutaires nécessaires à la qualité de l’enseignement public, et tendait à renforcer l’idée de la bivalence des professeurs. Le Président nouvellement élu a décidé de suspendre le « décret Robien » - ce qui ne peut que nous satisfaire - ; mais le nouveau ministre de l’Education Nationale n’a pas perdu, pour autant, toute ambition d’obtenir des « gains de productivité » dans le système éducatif – expression qui peut recouvrir des mesures fort semblables à celles apparemment abandonnées.
C’est surtout le projet de rénovation de la voie L qui a préoccupé le bureau tout au long de l’année. Sur ce sujet, E. Cassou-Barbier et Ph. Blanc ont participé à une rencontre à l’initiative de l’APL (Association des professeurs de lettres) avec les représentants de l’APHG (histoire géographie) et de la CNARELA (langues anciennes).
Le contenu du rapport de l’Inspection générale et de l’Inspection générale de l’administration a fait l’objet de larges discussions ; les régionales comme tous les collègues ont été sollicités pour donner leurs avis, par le biais d’appepliste. Il ressort de ces débats que la voie L ne pourra redevenir attractive que si elle constitue une série vraiment générale – et pas seulement « littéraire » – capable d’offrir des orientations larges et clairement identifiées. Mais c’est essentiellement la place de la philosophie dans la série L, comme dans les autres séries, qui a été l’objet de nos inquiétudes. Quelles que soient les lectures que l’on a pu faire du rapport, son contenu peut faire craindre une marginalisation de l’enseignement philosophique. Certes, un rapport n’engage pas les pouvoirs publics qui sont libres, dans leurs décisions, d’en suivre ou non les recommandations. Mais il est de notre tâche de faire savoir les avis des professeurs de philosophie en la matière. Il ne nous revient pas d’écrire un « contre-projet », mais de préciser ce qui nous paraît souhaitable ou, au contraire, inadmissible. Si l’introduction de la philosophie en première L est diversement appréciée par les collègues, elle ne doit pas se faire au détriment de l’enseignement en classe terminale et ne doit pas conduire à des changements de programmes autres que du type actuel (notionnel) qui recueille l’approbation d’une large majorité des collègues. Dans toutes les séries, l’enseignement philosophique doit rester un élément conséquent de la formation, c’est-à-dire doté d’un horaire suffisant. Le rendre optionnel mènerait à sa mort certaine. Pour être efficace, cet enseignement doit être dédoublé dans les séries technologiques. Ces points ont fait l’objet d’une motion votée lors du comité du 19 mai.
Nous avons été reçus par M. Souchet, doyen de l’Inspection générale de philosophie, à qui nous avons fait part de nos positions. Nous avons appris qu’un rapport sur la voie S allait être rendu public, ce qui nous a permis de rappeler notre revendication d’un horaire national de 4 heures, classe entière, dans cette série et notre attachement à un enseignement philosophique dans toutes les classes terminales des séries générales et technologiques.
Notre collègue Philippe Blanc, secrétaire national adjoint, a été élu secrétaire de la Conférence des présidents d’associations de spécialistes dont il a relancé l’activité. Celle-ci a pu rencontrer les équipes des candidats à l’élection présidentielle et, au mois de juin, M. Antoine, conseiller de l’Elysée. Ph. Blanc et Elisabeth Cassou-Barbier ont été nos porte-parole et ont transmis nos revendications.
Patricia Verdeau et André Pérès, enseignants en IUFM, ont alertés le bureau sur la situation de la philosophie et des enseignants de philosophie dans la formation des maîtres. L’intégration des IUFM dans les universités étant largement entamée, il est nécessaire de faire entendre notre voix. Le bureau de rentrée invite les adhérents enseignants en IUFM à venir faire le point et amorcer des perspectives.
Sur la question du baccalauréat, les délais de correction continuent d’être trop restreints dans bon nombre d’académies, compte tenu de la charge des copies en philosophie. Les régionales ont dû intervenir auprès des rectorats.
Vie de l’association
Sous la direction de Gérard Schmitt, la revue a entamé un processus de rénovation dans sa présentation : un changement typographique ainsi qu’une modification de la couverture qui prend un aspect plus « attractif ». Mais notre souci fondamental reste de faire de la revue un instrument d’information, de réflexion et de débat pour tous les collègues. Son originalité réside dans ses fonctions multiples : publier les recherches des collègues, se faire l’écho des pratiques pédagogiques, fournir à nos membres toutes les informations et documents nécessaires à l’exercice de leur métier et rendre compte des activités de l’association. La publication de dossiers sur les programmes de l’agrégation vise à être utile aussi bien aux étudiants qu’aux collègues.
Notre site internet est un instrument essentiel à l’ « ère informatique », il accroît notre visibilité au-delà du cercle des adhérents. Eric Oudin qui a construit ce site et l’a géré depuis sa création a souhaité cesser ses fonctions. Le président a repris momentanément cette charge. Mais il est nécessaire d’opérer une réflexion sur le contenu du site et son articulation avec la revue.
La liste de diffusion – appepliste – a vu accroître son utilisation. Les adhérents doivent être persuadés qu’il s’agit là d’un instrument de communication et de dialogue rapide, mais avec, toutefois, les inconvénients de cette instantanéité : les humeurs et affects n’y sont pas toujours parfaitement contrôlés ! A la suite du retrait d’Eric Oudin, c’est désormais Simon Perrier qui assure la gestion de la liste.
Le bureau national a confié à Hélène Bouchilloux la tâche d’organiser une journée de réflexion sur la philosophie à l’université : état des lieux, perspectives et articulation avec le secondaire. Un questionnaire a été adressé aux collègues universitaires et des contacts ont été pris en vue d’interventions. La date de cette rencontre est fixée au 28 janvier à la Sorbonne.
Il faut enfin s’interroger sur une situation problématique. L’association est active : elle fait entendre les exigences d’un enseignement philosophique de qualité auprès des pouvoirs publics et des médias, elle est l’interlocutrice de l’inspection, elle constitue, pour les professeurs de philosophie, un lieu d’informations, de réflexions et de débats, les régionales les plus actives participent, dans les académies, à la formation continue et interviennent auprès des rectorats. Mais depuis quelques années, nous n’avons pu enrayer une lente érosion de nos adhésions. Le bureau national a chargé Benoît Lorimy d’une mission de promotion auprès des nouveaux collègues. Les résultats restent toutefois décevants. Les professeurs de philosophie doivent être conscients qu’ils ne peuvent compter que sur eux-mêmes pour non seulement défendre mais développer un enseignement philosophique digne de ce nom dans notre système éducatif. L’association est irremplaçable dans cette tâche et son affaiblissement serait préjudiciable à tous. La promotion de l’association est l’affaire de tous ses membres et chacun d’entre nous doit œuvrer pour convaincre les collègues de nous rejoindre.
Les enjeux de l’avenir
Le nouveau ministre de l’éducation nationale affirme vouloir revaloriser « la situation morale et matérielle des enseignants ». Améliorer les carrières et le pouvoir d’achat sont des buts louables, mais à quel prix ? Si « l’augmentation de la productivité » dans l’éducation nationale passe par le développement de la bivalence, la suppression de postes et donc l’augmentation des heures supplémentaires, ainsi que la diminution de l’horaire d’enseignement des élèves, cela ne présage guère une augmentation de la qualité de l’enseignement.
Plus
fondamentalement, la notion de « rentabilité » de l’enseignement n’a de sens que
par rapport aux finalités qu’on lui assigne. La dialectique entre les finalités
culturelles et professionnelles est loin d’être un simple débat d’école
puisqu’elle engage l’avenir de la nation. A tous ceux qui invoquent – pour sa
gloire ou sa déchéance – la sublime inutilité de la philosophie, Aristote avait
déjà répondu par l’exemple du « stratagème spéculatif » de Thalès prenant à
ferme les pressoirs de Milet après sa prévision d’une récolte abondante : « il
montra qu’il est facile aux philosophes de s’enrichir s’ils le veulent, mais que
ce n’est pas de cela qu’ils se soucient. » (Les Politiques, I, 11) Dans
un discours prononcé à Orsay, le 1er juin 2007, le premier ministre
F.Fillon, soulignait l’utilité des sciences humaines, mais c’était pour la
réduire à des fonctions stratégiques et économiques : « Les savoirs liés aux
travaux que conduisent, par exemple, nos spécialistes des sciences humaines et
sociales sur l'histoire, les comportements, les fondements sociétaux de nombreux
pays dans le monde constituent un patrimoine culturel qui justifie, en soi, la
recherche. Imaginons ce que pourrait être l'existence de séminaires réguliers,
organisés autour de ces savoirs au profit de nos cadres et dirigeants
d'entreprises engagés dans la compétition économique mondiale. Ils trouveraient
là des clés de comportement pour négocier avec leurs partenaires étrangers et
augmenter ainsi leurs chances de pénétration des marchés. […] Dès lors, au-delà
de sa valeur propre, la recherche dans ces domaines offrirait ici une plus value
significative dans un univers où on ne l'attend pas. L'innovation ce peut être
aussi ça. » Faut-il craindre que la philosophie, comprise comme une science
humaine, n’ait d’utilité, pour nos dirigeants, que comme « plus value
significative » dans les activités économiques et administratives ?
Nous ne pourrons défendre la place de la philosophie au lycée comme à l’université que si nous arrivons à convaincre les gouvernants comme le public qu’elle est une pratique intellectuelle essentielle pour l’ensemble de la praxis humaine et pas seulement une technique d’instrumentalisation sociale.
Je tiens à remercier l’ensemble du bureau pour la tâche collective accomplie.
Edouard Aujaleu
Président de l’APPEP
4 août 07