Le programme de philosophie en débat
2000-2003

 

Fin mai 2000, le Conseil Supérieur de l'Education, suivant le Conseil National des Programmes, rend un avis favorable concernant le projet de programme élaboré par le Groupe Technique Disciplinaire présidé par Alain Renaut. Dès juin 2000, notre association diffusait un tract pour alerter nos collègues sur les dangers d'une publication sans consultation. Malheureusement, le 9 août 2000 (voir BOEN n°8 du 31 août 2000), le programme était officiellement publié (télécharger au format PDF). Devant la détermination de la communauté des professeurs de philosophie, le ministère a fini par confier à l'inspection l'organisation d'une consultation durant l'automne 2000. Ainsi que le confirme la synthèse nationale, les professeurs de philosophie rejettent massivement et le caractère systématique du couplage des notions et l'introduction de questions à ancrage contemporain. Une réunion organisée à l'initiative du ministère le 31 janvier dernier permet de prendre la mesure des forces en présence : d'un côté la majorité des professeurs de philosophie et de l'autre la volonté politique de passer outre à n'importe quel prix. Dans des courriers incessants à M. le Ministre de l'Education nationale et à M. le Premier Ministre, notre association, par la voix de son président, met en garde contre les dangers d'un passage en force et souligne la nécessité de surseoir à l'application du programme Renaut afin de rechercher les voix d'un authentique consensus. Mais une fois de plus, l'avis des premiers concernés sera méprisé par le ministère et suite à un nouveau vote du CSE, Jack Lang décidera finalement de publier le programme, légèrement modifié par le GTD rebaptisé "groupe d'experts". Les professeurs de philosophie ont appris la nouvelle et pris connaissance du programme définitif qu'ils devront appliquer à la rentrée, le 1er juin par un courrier signé de M. de Gaudemar, Directeur de l'enseignement scolaire. L'APPEP a réagi immédiatement en publiant le communiqué et la déclaration solennelle qu'on lira ci-dessous. L'APPEP a également réagi aux termes de l'article du Monde de l'Education de juin 2001 consacré à la question. Devant la forte mobilisation des professeurs de philosophie lors des réunions d'entente et d'harmonisation, le ministère concède d'importantes concessions, confirmées dès le 29 juin par un second courrier de M. de Gaudemar aux professeurs de philosophie. Lors de sa réunion de rentrée (15 septembre 2001), le bureau national adopte une déclaration concernant l'application forcée du programme Renaut. Au même moment, la composition de la commission de suivi est rendue publique et notre association y est effectivement représentée. Réunie en assemblée générale le 11 novembre 2001, notre association vote une motion sur l'entrée en application du programme Renaut. Dès que la commission de suivi a fait connaître ses recommandations au groupe d'experts, Edouard Aujaleu s'est adressé à Michel Fichant au nom de l'APPEP. On lira cette lettre ci-dessous ainsi que la réponse de Michel Fichant. Enfin, début mars, le groupe d'expert fait connaître ses propositions pour le programme des séries technologiques et de modification du programme en vigueur dans les séries générales. Réuni le 16 mars 2002, le bureau national de l'APPEP adopte alors la motion qu'on lira ci-dessous. Un processus de consultation des professeurs sur les deux projets du groupe d'experts est lancé à la fin mars dans toutes les académies. Les professeurs de philosophie ont jusqu'au 4 avril pour faire connaître leur opinion. C'est au moment où les résultats de cette consultation vont être rendus publics que M.M. Luc Ferry et Xavier Darcos deviennent respectivement Ministre de la Jeunesse, de l'Education Nationale et de la Recherche et Ministre délégué à l'Enseignement scolaire. Dès le 8 mai, le président de notre association s'est adressé aux deux nouveaux ministres et l'APPEP a signé le 14 mai un communiqué commun avec d'autres associations de professeurs de philosophie. Au même moment des initiatives sont prises par le Collectif pour l'enseignement philosophique et 135 professeurs de philosophie s'adressent aux nouveaux ministres dans une lettre ouverte (voir information sur ces initiatives). Dans le même temps, le groupe d'experts fait connaître la version finale de ses propositions de programme pour les séries générales, accompagnée d'une note de présentation qui explicite les résultats de la consultation nationale et la mesure dans laquelle le groupe d'experts en a tenu compte. Le 17 mai, l'association apprenait qu'à la demande de Luc Ferry, l'examen pour avis du projet de programme "Fichant" avait été reliré de l'ordre du jour de la prochaine réunion du CSE. Réuni dès le lendemain, le bureau national adopte la déclaration qu'on lira ci dessous et adresse un appel aux profeseurs de philosophie. Le 20 mai, notre association signe un second communiqué commun pour dénoncer ce qui est un véritable coup de force. Les effets de cette mobilisation immédiate se sont immédiatement faits sentir : dès le 23 mai, Michel Fichant informait collectif et associations du revirement du ministère, revirement confirmé par l'interview donnée par Luc Ferry au Monde parue le même jour. A propos de cette importante réunion du CSE, Edouard Aujaleu s'est alors adressé aux syndicats et féférations de parents d'élèves qui y sont représentés. On lira ce courrier ci-dessous. C'est finalement le 13 juin que sont rendues publiques les décisions du ministre, pour l'année scolaire 2002-2003. Dès les premiers jours de la rentrée 2003, le GEPS s'est remis au travail sur la base de la mission confiée par le Ministre de l'éducation nationale et a rencontré notre association. Le 10 décembre 2003, le GEPS Fichant a fait connaître la version définitive de ses propositions de programme dont l'orientation générale a été approuvée par le bureau national. Un avis provisoire du CNP, négatif, est connu début janvier et provoque d'importantes réactions de notre association et dans la communauté des professeurs de philosophie. Une nouvelle consultation des professeurs est engagée au printemps et c'est finalement le 4 avril qu'est publiée la version définitive du programme pour application à la rentrée 2003. Le CNP rend lui aussi un avis définitif qui, s'il n'est pas véritablement favorable, se prononce pourtant pour une entré en vigueur du programme Fichant à la rentrée 2003.

 

 


ASSOCIATION DES PROFESSEURS DE PHILOSOPHIE DE L'ENSEIGNEMENT PUBLIC

LA LIBERTE DU PROFESSEUR DE PHILOSOPHIE
EST MENACEE !

 

Un coup de force et des manoeuvres
Le projet de programme, élaboré sous le ministère Allègre par le GTD Renaut, vient de passer devant le Conseil Supérieur de l'Éducation (CSE).
Il n'y a pas eu de consultation des enseignants, à proprement parler. Il ne faut pas confondre en effet la "concertation" dont se targue le GTD, qui a consisté pour lui à rencontrer des organisations diverses, et à faire ensuite ce qu'il a voulu des avis recueillis, et d'autre part, une véritable consultation qui suppose qu'on envoie le projet de programme dans tous les établissements et qu'on organise une journée banalisée pour que les professeurs puissent confronter leurs analyses. C'est ce qui avait eu lieu, quoique de manière imparfaite, en décembre 1996 et janvier 1997, avant que le Ministère Allègre ne décide, sur la proposition d'un petit comité, de mépriser l'avis des enseignants et de congédier le GTD Dagognet. Cette fois-ci, le Ministère et le GTD Renaut se sont bien gardés d'organiser une telle consultation, et cela, en dépit des promesses qu'ils avaient faites, car ils se doutaient bien du résultat. Ils ont donc choisi de passer en force, tout en manoeuvrant.
Des promesses, il y en a eu, qui n'ont pas été tenues. Le 29 février, la Direction de l'Enseignement Scolaire (DESCO) nous avait annoncé qu'une consultation serait organisée avant que le projet ne soit soumis au CSE. Résultat : rien. Le 16 mai, le Cabinet du Ministre nous a assuré que, si des impératifs de calendrier l'obligeaient à présenter le projet de programme devant le CSE, il maintiendrait néanmoins ouvert le processus de concertation et qu'aucune décision ne serait prise sans que les professeurs soient consultés et leur avis pris en compte. Or, qu'apprenons-nous à la suite de la séance du 25 et du 26 mai 2000 ? Qu'une consultation est prévue à la rentrée 2000 " pour accompagner la mise en oeuvre du programme " : ce sont les termes mêmes employés par le représentant du GTD devant le CSE. Le Ministère entend-il, par un nouveau subterfuge, éviter toute discussion sur le fond et nous limiter à de simples questions d'exécution ?
Qu'à cela ne tienne ! Nous ne craindrons pas de sortir du cadre étroit qu'on voudrait nous assigner. Professeurs de philosophie, nous avons à juger philosophiquement de ce projet de programme, ce qui veut dire que nous devons en examiner le contenu. Nous tenons à rappeler ici les termes d'une motion adoptée en novembre 1998 par l'Association des Professeurs de Philosophie de l'Enseignement Public : " les professeurs de philosophie ne sauraient appliquer un programme qui contreviendrait aux principes fondamentaux de l'enseignement philosophique ".
De toute façon, il ne faut pas oublier que le CSE n'a qu'une voix consultative. Rien n'est donc véritablement décidé. Nous devons nous faire entendre.

 

Une liberté proclamée en principe et niée dans les faits
Certes, le GTD ne manque pas d'invoquer les "grands principes" et il reprend, non sans une touche d'ironie, les "mots fétiches", croyant sans doute que cela suffira à calmer les esprits : " liberté philosophique et pédagogique de l'enseignant de philosophie, maître de l'organisation de son cours ", " liste de notions ", la dissertation " comme patrimoine non négociable de l'enseignement philosophique élémentaire ". Mais qu'on lise attentivement le programme, et l'on verra que ces principes sont sérieusement mis à mal.

- Des couples de notions particulièrement contraignants
Certains collègues se disent peut-être qu'ils pourront continuer dans leurs classes à faire leurs cours comme ils l'entendent. Mais la question est celle-ci : pendant combien de temps ?
Le fait que les notions soient mises systématiquement en couples ou en triplets restreint considérablement la réflexion et détermine fortement le contenu du cours, car notre enseignement ne manquera pas de subir le contrecoup du baccalauréat. Pour se rendre compte de la limitation qui en résulte, il suffit de faire le relevé des sujets donnés, au cours des dix dernières années, sur la question " art et beauté ", par exemple. Il est clair que nos élèves seront de plus en plus amenés à ingurgiter et régurgiter des "digests" et à en réclamer à leurs professeurs.
Il faut aussi faire entrer en ligne de compte les " Règles de formation des sujets de philosophie au baccalauréat ", formulées en annexe du projet de programme. On trouve dans le texte qui a été soumis au CSE, et qui d'ailleurs a été modifié à la dernière minute, le passage suivant, particulièrement inquiétant : " Les sujets proposés à l'écrit du baccalauréat font référence de façon clairement identifiable aux éléments du programme (notions, associations de notions, questions) ". Voilà donc qu'on déclare le programme composé de ces trois éléments. Est-ce faire preuve d'une imagination des plus vagabondes que d'envisager que les trois sujets du baccalauréat puissent porter, dans un proche avenir, le premier sur une notion, le second sur une association de notions et le troisième sur une question ? À l'image de ce qui s'est passé en français, on verrait sans doute les sujets se différencier de plus en plus nettement par leur nature et leur degré de difficulté, et les candidats se détourneraient de ceux qui exigent un travail de réflexion.

- Un programme marqué idéologiquement
Les " questions ", naguère appelées " problématiques ", manifestent une orientation idéologique. Au lieu de notions comme la religion, le droit ou la justice, que le professeur peut librement problématiser, des " questions " ou plutôt des thèmes comme " Religion et modernité " ou " Droits de l'homme et démocratie " font intervenir de manière insidieuse des conceptions prédéterminées. Cela contrevient d'ailleurs à l'exigence de laïcité. Aucun professeur de philosophie digne de ce nom ne peut avoir pour obligation de relayer une philosophie officielle, quelle qu'elle soit.

- Un changement de la nature même de notre travail
À partir de ce que les auteurs du projet de programme appellent pudiquement des "questions", c'est la nature même de notre travail qui est appelée à changer. Il faut que nous en ayons clairement conscience, car les enjeux sont importants. Nous sommes attachés au principe d'un enseignement philosophique élémentaire en classe terminale, et nous construisons nos cours en prenant appui sur les grands textes de l'histoire de la philosophie, tout en recourant, bien entendu, à des ouvrages récents dont l'éclairage s'avère souvent précieux. Avec le nouveau programme, dont les questions peuvent être révisées tous les cinq ans, une évolution insidieuse risque de se produire qui ferait de nous de simples médiateurs de travaux qui auraient été élaborés au-dessus de nos têtes, ou, si l'on veut, des vulgarisateurs des "philosophes à succès". C'est sans doute ainsi qu'il faut entendre cet ancrage dans l'actualité que réclame le GTD Renaut. Les professeurs de philosophie ont une plus haute idée de l'actualité.

- Est-ce être conservateur que de défendre la liberté ?
Que les choses soient bien claires. Quand nous défendons la liberté philosophique et pédagogique du professeur, nous ne nous comportons pas en " lobby " et nous ne faisons pas preuve de conservatisme. Le lobbying consiste à faire pression sur les pouvoirs publics pour défendre des intérêts privés. Or, c'est justement l'intérêt de l'enseignement public que nous faisons valoir, contre un pouvoir qui démantèle l'école républicaine et fait le jeu des intérêts privés. Nous savons bien que la liberté philosophique et pédagogique du professeur de philosophie est la condition de la liberté intellectuelle de l'élève et qu'elle a pour fin la formation du jugement du citoyen. Ce n'est pas non plus être conservateur que de s'opposer à un projet de programme, sans ambition pour les élèves et sans réelle exigence intellectuelle, qui ramène notre enseignement philosophique assez loin en arrière.

 

Appel à la vigilance et, s'il le faut, à la résistance
Nous demandons au Ministère de respecter son engagement de concertation avec les enseignants. Une véritable consultation sur le programme doit être organisée. Les professeurs de philosophie ne sauraient tolérer cette nouvelle marque de mépris qui consisterait à ce qu'on leur impose un programme sans qu'ils puissent en discuter. Un programme valable ne saurait craindre le débat !
Nous tenons à mettre en garde contre un éventuel coup de force supplémentaire. Une publication anticipée du programme, avant la consultation, serait tout à fait inacceptable. Elle appellerait, de la part des professeurs de philosophie, des réactions appropriées qui ne manqueraient pas d'être vigoureuses.

 


Le programme de Philosophie du GTD Renaut

Philosophie
Séries générales
Programme applicable à compter de l'année scolaire 2001-2002

 

I - PRÉSENTATION

1 - Motifs
L'enseignement de la philosophie dans les classes terminales des lycées a pour finalité de permettre à chaque élève d'accéder à l'exercice autonome de la réflexion.
Cette finalité est commune à toutes les disciplines de l'école. L'enseignement philosophique joue cependant ici un rôle tout particulier, ne serait-ce que dans la mesure où il intervient au moment même où l'individu se confronte aux choix qui structureront sa vie d'adulte et de citoyen. Aussi bien la poursuite d'une formation supérieure que l'insertion professionnelle imposeront à chacun une détermination plus spécialisée de ce qu'il sait et de ce qu'il fait. Avant ce virage et pour qu'il se négocie sans amoindrir la liberté de penser, la classe de philosophie propose aux élèves de prendre le temps et d'acquérir les moyens de s'interroger sur le sens et sur les principes de leur existence individuelle et collective.
La formation philosophique élémentaire dispensée dans les classes terminales vise ainsi à développer chez ceux à qui elle s'adresse une conscience critique de ce que seront leurs tâches, tant privées que publiques :
- ne pas uniquement accumuler des savoirs pouvant être investis dans une profession, mais aussi comprendre le monde, et pour cela s'orienter dans le champ des connaissances, des compétences et des informations ;
- non point seulement réussir dans la vie, mais réussir sa vie, en cherchant certes à bien vivre, mais aussi à vivre bien ;
- non pas simplement se contenter des droits que procure la citoyenneté, mais également réfléchir de façon éclairée aux responsabilités qu'impliquent la vie de la cité et le souci du bien commun.
C'est dans cette perspective d'une conquête de l'autonomie de la réflexion que les programmes de l'enseignement de la philosophie doivent aujourd'hui être réélaborés. Que ces programmes n'aient pas été modifiés pendant bientôt trente ans, alors même que, depuis le début des années 1970, la population scolaire s'est considérablement élargie et diversifiée, alors même que la philosophie, telle qu'elle écrit son histoire, a connu des transformations aussi profondes que celles des autres disciplines, ce n'est pas là un des moindres motifs d'une telle réélaboration. Mais il s'est agi de prendre également en compte une mutation extérieure à la philosophie elle-même, qui retentit directement sur la façon dont l'enseignement philosophique, tel qu'il est conçu dans la tradition démocratique et républicaine, peut et doit répondre à sa finalité.
Tout autant qu'autrefois, il est difficile en effet pour l'individu de s'arracher "tout seul" à l'état de dépendance qui définit la minorité. Néanmoins acquérir le courage de se servir de son propre entendement devient une tâche particulièrement exigeante quand la fabrication des préjugés est susceptible d'être relayée par l'univers des médias et quand ceux-ci diffusent une information émiettée et rapide, favorisant par là même la passivité d'un public voué au simple rôle de spectateur.
En ce sens, contre ces nouvelles formes d'entraves à la pensée libre, l'enseignement philosophique dispensé dans les lycées constitue une chance de formation critique que notre école se doit d'offrir à tous les élèves en tenant compte de ce que le développement des sciences et des techniques peut apporter à l'amélioration de la pensée dans ses opérations. Encore faut-il que cette offre prenne acte des conditions modifiées dans lesquelles s'effectue l'inculcation des préjugés et qu'elle se reformule à son tour de manière à fournir aux professeurs des moyens eux aussi modifiés de répondre à cette situation nouvelle. Sous ce rapport, deux axes principaux de reformulation sont apparus devoir présider à la réécriture des programmes de philosophie.

Premier axe de reformulation : inscrire dans les programmes un certain nombre de questions à ancrage contemporain
Il ne saurait être envisagé par là de soumettre l'enseignement de la philosophie lui-même au culte médiatique de la nouveauté. Pour le moins admettra-t-on en revanche que s'il apparaissait souhaitable en 1925 déjà de " mettre la culture philosophique en relation avec les problèmes réels que pose la vie morale, sociale, économique des milieux " où le jeune adulte est appelé à vivre (Anatole de Monzie, Instructions du 2 septembre 1925), a fortiori est-il indispensable aujourd'hui que l'élève de terminale ne puisse avoir " l'impression que la réflexion philosophique se meut dans un monde à part, sans relation avec celui de la science ou celui de la vie ". Et ce, d'autant plus que le monde de la science et de la vie est celui qui, à travers sa version médiatisée, se trouve le plus directement exposé à l'influence des préjugés : comment dans ces conditions ne pas tenir compte, pour rédiger les programmes de philosophie, de la nécessité d'inscrire dans l'apprentissage de la liberté de penser la confrontation aux grandes questions à travers lesquelles le monde contemporain accède à la conscience de lui-même ?
Ces questions ne se conçoivent pas comme des " questions d'actualité ", ainsi que les nommait Anatole de Monzie en 1925, en plaidant alors qu'il vaudrait mieux "les éclairer à la lumière sereine de la pensée désintéressée que d'attendre le moment où elles se résoudraient dans l'entraînement des passions" et "sous l'influence des préjugés sociaux". A vrai dire, la détermination même de l'"actualité" s'est, depuis 1925, si accélérée, précisément sous la pression de l'univers médiatique, qu'il n'y aurait plus aucun sens, pour un programme scolaire, à tenter d'assurer sous cet angle une ouverture aux "problèmes réels". Rien n'interdit en revanche d'indiquer des questions, c'est-à-dire des ensembles structurés de problèmes, à partir desquels le professeur peut faire la démonstration qu'une culture philosophique élémentaire permet non seulement d'apporter un "éclairage", parmi d'autres, sur tel ou tel type d'interrogation suscité par le monde contemporain, mais constitue même la seule voie sur laquelle il est possible d'aborder ces interrogations de façon "éclairée", c'est-à-dire en échappant au joug des préjugés.

Second axe de reformulation : ménager les conditions d'un apprentissage de l'argumentation
Chacun le sait : les conditions dans lesquelles les professeurs font acquérir à leurs élèves les instruments d'une pratique élémentaire de la philosophie se sont profondément transformées durant ces dernières décennies. Aussi importe-t-il de réfléchir, plus que ce n'avait été le cas au début des années 1970 comme en 1925, à ce qu'implique la conviction, que nous partageons, selon laquelle la dissertation est la forme de discours écrit la plus appropriée pour évaluer le travail accompli par l'élève de la classe de philosophie dans les séries générales.
Dans une société démocratique, dont la dynamique ne cesse de se développer sous nos yeux secteur par secteur, il faut de plus en plus savoir argumenter, c'est-à-dire exposer ses idées à la discussion et discuter les idées des autres. Dans une culture où plus personne n'ignore que l'"argument d'autorité" n'est précisément pas un argument (parce qu'il est fondé sur un préjugé), seule une soumission volontaire à cette logique de l'argumentation peut valoir légitimation. Substituer à l'argument d'autorité l'autorité de l'argument, c'est faire la démonstration que toute espèce d'autorité n'est pas vouée à disparaître dans l'école comme dans la société démocratiques : que désormais l'on puisse, et même que l'on doive, discuter de tout n'équivaut pas à considérer que plus rien ne vient s'imposer à nous, mais au contraire à reconnaître que la prise en compte du jugement d'autrui, comme interlocuteur présent ou à travers telle grande oeuvre du passé, loin d'être un obstacle à une authentique réflexion personnelle, est indispensable à cet élargissement de la pensée sans lequel il n'y a pas d'espace public.
En ce sens, la forme de la dissertation, qui correspond le plus souvent à la mise en scène argumentative d'une réflexion, n'est rien moins que désuète. Elle doit être assumée et défendue comme le patrimoine non négociable de l'enseignement philosophique élémentaire. Encore faut-il ne pas se contenter de le dire, mais faire en sorte que les programmes de philosophie contiennent en eux le principe d'un apprentissage de l'argumentation, que ce soit sous la forme de l'exercice dissertatif ou, selon une autre modalité tout aussi essentielle, de l'analyse écrite ou orale d'un texte philosophique. Non point du tout pour permettre la réduction techniciste de l'enseignement de la philosophie à l'acquisition de procédures formelles, tant il est vrai que le cours lui-même, dans son effectuation, est aussi un moyen d'initier à la pratique d'une argumentation visant la vérité. En un temps où la charge de rendre effectif l'apprentissage de la dissertation n'est plus autant assumée par d'autres disciplines, il revient de fait à la philosophie, qui est le lieu naturel de la pratique argumentative, de garantir la formation des élèves à un type de discours dont l'apprentissage est solidaire de la construction de la conscience démocratique.

2 - Principes
Le Groupe technique disciplinaire de philosophie a retenu cinq principes qui lui sont apparus, à la faveur des consultations pratiquées, recueillir de la part de la communauté des enseignants de philosophie une adhésion pratiquement unanime :
1) Faire en sorte que l'enseignement philosophique puisse participer à la formation d'une culture réflexive et critique commune à l'ensemble des lycéens au moment où s'achève leur formation générale : cette exigence ne doit certes pas abolir la diversité qui fait la richesse des classes de philosophie, mais elle requiert, précisément pour que cette diversité puisse ne pas être remise en cause au nom de ce que suppose la préparation d'un examen défini par des sujets nationaux, un effort pour déterminer de façon plus explicite quels sont les éléments constitutifs du programme ; c'est dans cet esprit que le Groupe technique disciplinaire s'est efforcé de transcrire dans la lettre du programme, charte commune aux différentes classes de philosophie, les cadres de référence partagés par les enseignants.

2) Ménager pour les élèves les conditions d'une évaluation équitable, significative et qui soit, en fin d'année, à la mesure du travail accompli par l'élève : satisfaire à de telles conditions est particulièrement complexe en philosophie, non pas parce que tout y serait plus relatif et moins susceptible d'être objectivement appréhendé qu'ailleurs. Simplement, l'épreuve du baccalauréat sanctionne ici la formation d'une seule année conduite sous la responsabilité d'un unique professeur, dont les choix jouent ainsi un rôle déterminant dans le parcours de l'élève. La correction de la copie d'examen par un autre professeur doit donc permettre de reconnaître le travail et l'effort philosophiques de l'élève - ce pourquoi il est indispensable que la relation entretenue avec le programme par les sujets d'examen soit la plus claire possible. Une telle exigence requiert à son tour à la fois une détermination plus transparente des contenus du programme et une explicitation des règles de formation des sujets d'examen (cf. Annexe, sur ce dernier point).

3) Réaffirmer et garantir le respect de la liberté philosophique et pédagogique de l'enseignant de philosophie, maître de l'organisation de son cours : les divers éléments du programme (notions, questions, auteurs, apprentissage de la dissertation et de l'argumentation orale) sont conçus comme définissant une sorte de cahier des charges, le professeur sachant à la fois qu'il est à sa charge de faire acquérir à ses élèves l'ensemble des connaissances et des compétences correspondant à ce cahier, mais aussi qu'il est laissé à son entière liberté d'y parvenir selon un cours dont les modalités de construction et d'organisation ne dépendent que de lui. L'ordre de présentation des éléments du programme ne constitue en ce sens nullement l'ordre prescrit d'un cours ; de même pour l'ordre de présentation des notions et pour l'ordre de présentation des questions. Cette liberté du professeur se trouve également réaffirmée et garantie par l'option qui a été prise d'élargir très sensiblement la liste des auteurs proposés au choix des enseignants pour la préparation des épreuves écrites et orales du baccalauréat.

4) Maintenir dans le programme de philosophie une liste de notions : ce choix n'était pas le seul possible, puisque la tradition dans laquelle il s'inscrit n'est après tout vieille que d'un siècle (1902) ; d'autres conceptions du programme étaient donc possibles et ont au reste été proposées au Groupe technique disciplinaire par des collègues et des groupes de collègues (liste de problèmes ou de problématiques, liste de champs ou de domaines de la philosophie, programme constitué par une unique thématique renouvelée chaque année ou tous les deux ans, sur le modèle des classes préparatoires, etc.). Toutes ces propositions ont été envisagées. Il est apparu toutefois que la présence d'une liste de notions dans les programmes permettait de maintenir une continuité dans l'histoire de notre enseignement philosophique - sous réserve que deux conditions, souvent évoquées par les professeurs, se trouvent remplies :
- réduire la longueur même de la liste, tant il est vrai qu'un nombre excessif de notions induit une dispersion dommageable au regard des exigences d'approfondissement et d'appropriation qui font partie des spécificités de l'interrogation philosophique ;
- mieux maîtriser l'ampleur de ce que recouvre l'inscription d'une notion dans le programme, notamment par sa mise en couple ou en série avec une ou plusieurs autres notions : ce qui permet, en attirant l'attention sur la façon dont deux ou plusieurs notions s'articulent, se distinguent ou s'opposent, de ne pas laisser penser que la totalité de ce qui peut être subsumé sous une notion, au demeurant presque toujours polysémique, se trouve au programme de la classe de philosophie. Ces rapprochements permettent de délimiter des domaines de travail tout en laissant au professeur la responsabilité de déterminer son approche philosophique et pédagogique.
A la demande, souvent formulée elle aussi, de préciser la fonction des notions dans l'enseignement philosophique élémentaire, le GTD s'est efforcé de répondre par la combinaison de cette liste de notions avec une courte liste de questions. Pour autant, il n'a pas souhaité trancher entièrement ce point, qui relève en partie de la conception même que le professeur se fait de l'acte de philosopher : soit les notions sont les instruments dont se sert la réflexion philosophique quand elle s'efforce de développer une question (dans ce cas, les notions ne sont rien d'autre que ce qu'on appelle en général des concepts), soit les notions correspondent à des objets de la réflexion philosophique - en ce qu'elles recouvrent elles-mêmes un problème très général ou un ensemble de problèmes généraux. Notions-concepts ou notions-problèmes, les notions peuvent ou non, au choix du professeur et en fonction de l'organisation de son cours, donner lieu, tantôt pour leur élaboration (notions-concepts), tantôt pour leur développement (notions-problèmes), à un traitement thématique.

5) Préserver l'unité du programme de philosophie : pas plus que ce n'était le cas quand le programme distinguait notions, auteurs et questions au choix, la structure retenue ci-dessous n'invite à faire des quatre dimensions du programme autant de parties du cours requérant d'être traitées isolément. Les notions peuvent être interrogées à la faveur du traitement d'une question ou à partir du commentaire d'une oeuvre, le commentaire d'une oeuvre peut servir à organiser le traitement d'une question, laquelle peut à son tour être développée à partir d'une interrogation sur une notion ou sur un ensemble de notions. Ici s'affirme à nouveau le principe de la liberté académique du professeur, dont le principe de l'unité du programme n'est qu'une autre formulation. Cette autre formulation conduit en outre à préciser que, comme on le verra dans l'Annexe sur la formation des sujets de baccalauréat, il ne saurait être envisagé que tel ou tel des trois sujets d'examen corresponde nécessairement aux notions, ou nécessairement aux questions : si le programme est un, la détermination des sujets est clairement indépendante de la structure du programme.

3 - Clause de révisabilité
Tout programme est par définition soumis, dans sa globalité, à une possible révision, laquelle se trouve soumise à l'initiative des ministres qui se trouvent en charge de ce dossier.
En outre, le présent programme de philosophie inscrit en lui un dispositif instituant l'éventualité d'une révision de la liste de questions, tous les cinq ans, par le Groupe technique disciplinaire de philosophie à partir des informations fournies par l'Inspection générale sur l'application des programmes, ainsi qu'à la faveur des renouvellements de la réflexion philosophique. Pas plus que cette clause concernant la liste des questions ne signifie pas que celle des notions ou celle des auteurs prétendraient à l'éternité, elle ne saurait impliquer que les questions doivent nécessairement changer de façon quinquennale : du moins les choix qu'exprime clairement, et nécessairement, l'établissement d'une telle liste s'énoncent-ils ainsi proprement comme des choix et s'exposent-ils à être réexaminés, dans un délai raisonnable, à la faveur d'une coopération entre l'instance qui écrit les programmes et l'instance qui en assure le suivi.

II - ÉNONCÉ DES PROGRAMMES

Dans les classes terminales conduisant aux baccalauréats des séries générales, les programmes se composent :
- d'une liste de notions,
- d'une liste de questions,
- d'une liste d'auteurs,
- d'une série de recommandations concernant l'apprentissage du questionnement, de l'argumentation et de l'analyse philosophiques (écrit et oral).
Pour assurer la lisibilité des programmes, la présentation choisie ci-dessous énonce le programme de chaque série dans sa totalité, même si la liste des auteurs et la série de recommandations concernant l'apprentissage de l'argumentation ne varient pas selon les séries.

SÉRIE LITTÉRAIRE

1 - Notions
La liste de notions est présentée sous trois titres : la condition humaine, le savoir, l'agir. Les associations de notions ne constituent pas obligatoirement, dans l'économie du cours élaboré par le professeur, des têtes de chapitre. Elles peuvent être conçues de deux manières selon les moments du cours et la manière dont le professeur entend l'organiser :
- soit les notions sont les instruments dont se sert la réflexion philosophique quand elle s'efforce de développer une question (dans ce cas, les notions ne sont rien d'autre que ce qu'on appelle en général des concepts) ;
- soit les notions correspondent à des objets de la réflexion philosophique - en ce qu'elles recouvrent elles-mêmes un problème ou un ensemble de problèmes de philosophie générale.
Notions-concepts ou notions-problèmes, les notions peuvent ou non, au choix du professeur et en fonction de l'organisation de son cours, donner lieu, tantôt pour leur élaboration (notions-concepts), tantôt pour leur développement (notions-problèmes), à un traitement thématique.

La condition humaine
Nature et culture
La conscience, l'inconscient et le sujet
Langage et communication
Le désir et le besoin
Le temps, l'existence et la mort
L'art et le beau
Le savoir
La raison et le sensible
Opinion, connaissance et vérité
Logique, méthode et raisonnement
Sciences de la nature et sciences de l'homme
Mythe, science et philosophie
L'agir
Liberté et déterminisme
Morale, droit et politique
Devoir et bonheur
Histoire et progrès
L'Etat et la société
Le travail et les échanges

2 - Questions
Les questions correspondent chacune à un ensemble structuré de problèmes fortement ancrés dans les traditions philosophiques, et qui témoignent d'une présence de la discipline dans le processus par lequel le monde contemporain prend conscience de lui-même et des interrogations qu'il suscite.
Cette liste de questions ne prescrit elle non plus aucun ordre de traitement, ni n'exclut que le cours s'organise, en partie ou en totalité, selon d'autres ensembles de problèmes ; il est également tout à fait concevable que telle ou telle de ces questions, qui définissent des directions de travail sans prescrire la substance de l'enseignement, ne donne pas lieu à un traitement thématique, mais soit prise en considération de façon différenciée à divers moments du travail de la classe. Simplement, l'organisation du cours, qui relève de la liberté et de l'initiative du professeur, fera en sorte que la formation des élèves à la réflexion critique n'omette pas de leur fournir les instruments notionnels et les éléments de culture philosophique requis pour s'orienter dans ces questions. Quel qu'ait été le mode de traitement retenu, le cours devra aussi faire ressortir l'unité de chacune des questions inscrites au programme.
Le présent programme inscrit en lui un dispositif instituant l'éventualité d'une révision de la liste de questions, tous les cinq ans, par le Groupe technique disciplinaire de philosophie à partir des informations fournies par l'Inspection générale sur l'application des programmes, ainsi qu'à la faveur des renouvellements de la réflexion philosophique.

La maîtrise de la nature
La révolution galiléenne : cosmos et univers
La question de la technique
Les limites de la maîtrise : prudence et responsabilité
Droits de l'homme et démocratie
Citoyenneté antique et citoyenneté moderne : la question de l'esclavage
La question de la souveraineté : droit naturel et contrat social
La question de la société juste : égalité et différences
Religion et modernité
Humanisme et Lumières : la critique de la superstition et du préjugé
La question de la laïcité : l'éthique et la croyance religieuse
La question de l'autorité : tradition et autonomie

3 - Auteurs
La liste des auteurs a une double fonction : d'une part, elle détermine l'ensemble d'où devront être tirés les textes proposés à l'écrit du baccalauréat ; elle indique, d'autre part, les auteurs dont les oeuvres, étudiées en classe, seront à l'oral objet d'interrogation. L'étude de ces oeuvres, dont le choix est laissé à l'appréciation du professeur, peut être conçue comme un approfondissement de telle ou telle partie du cours en rapport avec les notions et les questions figurant au programme.
Les oeuvres, étudiées de façon suivie, pourront l'être soit en totalité, soit par parties significatives, pourvu que celles-ci aient une certaine ampleur, forment un tout et présentent un caractère de continuité.
Deux oeuvres au minimum seront étudiées en série L, choisies dans des périodes distinctes (la liste fait apparaître trois périodes : l'Antiquité et le Moyen âge, la période moderne, la période contemporaine).
Platon ; Aristote ; Epicure ; Lucrèce ; Sénèque ; Cicéron ; Epictète ; Marc-Aurèle ; Plotin ; Augustin ; Averroès ; Thomas d'Aquin ; Ockham.
Machiavel ; Montaigne ; Hobbes ; Descartes ; Pascal ; Spinoza ; Locke ; Malebranche ; Leibniz ; Vico ; Berkeley ; Montesquieu ; Hume ; Rousseau ; Diderot ; Kant.
Hegel ; Schopenhauer ; Tocqueville ; Comte ; Cournot ; Stuart Mill ; Kierkegaard ; Marx ; Nietzsche ; Freud ; Husserl ; Bergson ; Alain ; Russell ; Bachelard ; Heidegger ; Wittgenstein ; Popper ; Sartre ; Arendt ; Merleau-Ponty.

4 - Recommandations concernant l'apprentissage du questionnement, de l'argumentation et de l'analyse philosophiques (écrit et oral)
Une des missions fondamentales de l'enseignement de la philosophie, conjointement avec les autres disciplines appartenant aux "humanités", est de former les élèves à l'argumentation. Sous bien des rapports, sa maîtrise apparaît comme le garant de l'autonomie de la pensée, et son exercice comme le fondement même de la vie démocratique.
Cet apprentissage, qui s'accomplit tout particulièrement à l'occasion de la lecture de textes philosophiques et qui n'est pas conçu comme un moment distinct du cours, consistera à pratiquer les opérations présupposées ou mobilisées dans les différentes étapes du discours argumentatif écrit ou oral :
- construction d'une problématique à partir d'une notion, d'une question ou d'un texte : explicitation du problème et repérage de ses enjeux ;
- exposition impartiale d'une thèse ; restitution d'une argumentation à l'occasion d'une étude de texte ;
- élaboration d'un concept ou d'une distinction conceptuelle ;
- confrontation de thèses visant à l'élaboration d'une réponse réfléchie à la question posée ;
- évaluation d'un argument par son insertion dans un dialogue critique ou par sa confrontation à des exemples ;
- progression argumentée dans les étapes de l'analyse ;
- appréciation des résultats d'un parcours argumentatif.
L'apprentissage de ces opérations peut s'effectuer notamment :
- à travers la production, en classe ou à domicile, de brefs textes susceptibles de constituer les moments d'une argumentation de type dissertatif ;
- sous la forme d'une dissertation complète produite en classe ou à domicile, de façon guidée ou individuelle ;
- à l'occasion de l'étude critique (écrite ou orale) d'un texte philosophique dont on s'efforce de reconstituer la logique immanente ou de dégager les principaux concepts et arguments.

SÉRIE SCIENTIFIQUE

1 - Notions
La liste de notions est présentée sous trois titres : la condition humaine, le savoir, l'agir. Les associations de notions ne constituent pas obligatoirement, dans l'économie du cours élaboré par le professeur, des têtes de chapitre. Elles peuvent être conçues de deux manières selon les moments du cours et la manière dont le professeur entend l'organiser :
- soit les notions sont les instruments dont se sert la réflexion philosophique quand elle s'efforce de développer une question (dans ce cas, les notions ne sont rien d'autre que ce qu'on appelle en général des concepts) ;
- soit les notions correspondent à des objets de la réflexion philosophique - en ce qu'elles recouvrent elles-mêmes un problème ou un ensemble de problèmes de philosophie générale.
Notions-concepts ou notions-problèmes, les notions peuvent ou non, au choix du professeur et en fonction de l'organisation de son cours, donner lieu, tantôt pour leur élaboration (notions-concepts), tantôt pour leur développement (notions-problèmes), à un traitement thématique.

La condition humaine
La conscience, l'inconscient et le sujet
Langage et communication
Le désir et le besoin
L'art et le beau
Le savoir
La raison et l'expérience
Vérité et croyance
Logique, méthode et raisonnement
Sciences de la nature et sciences de l'homme
L'agir
Liberté et déterminisme
Morale, droit et politique
L'Etat et la société
Histoire et progrès

2 - Questions
Les questions correspondent chacune à un ensemble structuré de problèmes fortement ancrés dans les traditions philosophiques, et qui témoignent d'une présence de la discipline dans le processus par lequel le monde contemporain prend conscience de lui-même et des interrogations qu'il suscite.
Cette liste de questions ne prescrit elle non plus aucun ordre de traitement, ni n'exclut que le cours s'organise, en partie ou en totalité, selon d'autres ensembles de problèmes ; il est également tout à fait concevable que telle ou telle de ces questions, qui définissent des directions de travail sans prescrire la substance de l'enseignement, ne donne pas lieu à un traitement thématique, mais soit prise en considération de façon différenciée à divers moments du travail de la classe. Simplement, l'organisation du cours, qui relève de la liberté et de l'initiative du professeur, fera en sorte que la formation des élèves à la réflexion critique n'omette pas de leur fournir les instruments notionnels et les éléments de culture philosophique requis pour s'orienter dans ces questions. Quel qu'ait été le mode de traitement retenu, le cours devra aussi faire ressortir l'unité de chacune des questions inscrites au programme.
Le présent programme de philosophie inscrit en lui un dispositif instituant l'éventualité d'une révision de la liste de questions, tous les cinq ans, par le Groupe technique disciplinaire de philosophie à partir des informations fournies par l'Inspection générale sur l'application des programmes, ainsi qu'à la faveur des renouvellements de la réflexion philosophique.

La maîtrise de la nature
La révolution galiléenne : cosmos et univers
La question de la technique
Les limites de la maîtrise : prudence et responsabilité
Droits de l'homme et démocratie
Citoyenneté antique et citoyenneté moderne : la question de l'esclavage
La question de la souveraineté : droit naturel et contrat social
La question de la société juste : égalité et différences

3 - Auteurs
La liste des auteurs a une double fonction : d'une part, elle détermine l'ensemble d'où devront être tirés les textes proposés à l'écrit du baccalauréat ; elle indique, d'autre part, les auteurs dont les oeuvres, étudiées en classe, seront à l'oral objet d'interrogation. L'étude de ces oeuvres, dont le choix est laissé à l'appréciation du professeur, peut être conçue comme un approfondissement de telle ou telle partie du cours en rapport avec les notions et les questions figurant au programme.
Les oeuvres, étudiées de façon suivie, pourront l'être soit en totalité, soit par parties significatives, pourvu que celles-ci aient une certaine ampleur, forment un tout et présentent un caractère de continuité.
Une oeuvre au minimum sera étudiée en série S ; si le professeur choisit de faire étudier plus d'une oeuvre, elles seront choisies dans des périodes distinctes (la liste fait apparaître trois périodes : l'Antiquité et le Moyen âge, la période moderne, la période contemporaine).

Platon ; Aristote ; Epicure ; Lucrèce ; Sénèque ; Cicéron ; Epictète ;Marc-Aurèle ; Plotin ; Augustin ; Averroès ; Thomas d'Aquin ; Ockham.
Machiavel ; Montaigne ; Hobbes ; Descartes ; Pascal ; Spinoza ; Locke ; Malebranche ; Leibniz ; Vico ; Berkeley ; Montesquieu ; Hume ; Rousseau ; Diderot ; Kant.
Hegel ; Schopenhauer ; Tocqueville ; Comte ; Cournot ; Stuart Mill ; Kierkegaard ; Marx ; Nietzsche ; Freud ; Husserl ; Bergson ; Alain ; Russell ; Bachelard ; Heidegger ; Wittgenstein ; Popper ; Sartre ; Arendt ; Merleau-Ponty.

4 - Recommandations concernant l'apprentissage du questionnement, de l'argumentation et de l'analyse philosophiques (écrit et oral)
Une des missions fondamentales de l'enseignement de la philosophie, conjointement avec les autres disciplines appartenant aux "humanités", est de former les élèves à l'argumentation. Sous bien des rapports, sa maîtrise apparaît comme le garant de l'autonomie de la pensée, et son exercice comme le fondement même de la vie démocratique.
Cet apprentissage, qui s'accomplit tout particulièrement à l'occasion de la lecture de textes philosophiques et qui n'est pas conçu comme un moment distinct du cours, consistera à pratiquer les opérations présupposées ou mobilisées dans les différentes étapes du discours argumentatif écrit ou oral :
- construction d'une problématique à partir d'une notion, d'une question ou d'un texte : explicitation du problème et repérage de ses enjeux ;
- exposition impartiale d'une thèse ; restitution d'une argumentation à l'occasion d'une étude de texte ;
- élaboration d'un concept ou d'une distinction conceptuelle ;
- confrontation de thèses visant à l'élaboration d'une réponse réfléchie à la question posée ;
- évaluation d'un argument par son insertion dans un dialogue critique ou par sa confrontation à des exemples ;
- progression argumentée dans les étapes de l'analyse ;
- appréciation des résultats d'un parcours argumentatif.
L'apprentissage de ces opérations peut s'effectuer notamment :
- à travers la production, en classe ou à domicile, de brefs textes susceptibles de constituer les moments d'une argumentation de type dissertatif ;
- sous la forme d'une dissertation complète produite en classe ou à domicile, de façon guidée ou individuelle ;
- à l'occasion de l'étude critique (écrite ou orale) d'un texte philosophique dont on s'efforce de reconstituer la logique immanente ou de dégager les principaux concepts et arguments.

SÉRIE ÉCONOMIQUE ET SOCIALE

1 - Notions
La liste de notions est présentée sous trois titres : la condition humaine, le savoir, l'agir. Les associations de notions ne constituent pas obligatoirement, dans l'économie du cours élaboré par le professeur, des têtes de chapitre. Elles peuvent être conçues de deux manières selon les moments du cours et la manière dont le professeur entend l'organiser :
- soit les notions sont les instruments dont se sert la réflexion philosophique quand elle s'efforce de développer une question (dans ce cas, les notions ne sont rien d'autre que ce qu'on appelle en général des concepts) ;
- soit les notions correspondent à des objets de la réflexion philosophique - en ce qu'elles recouvrent elles-mêmes un problème ou un ensemble de problèmes de philosophie générale.
Notions-concepts ou notions-problèmes, les notions peuvent ou non, au choix du professeur et en fonction de l'organisation de son cours, donner lieu, tantôt pour leur élaboration (notions-concepts), tantôt pour leur développement (notions-problèmes), à un traitement thématique.

La condition humaine
La conscience, l'inconscient et le sujet
Langage et communication
Désir et besoin
L'art et le beau
Le savoir
La raison et l'expérience
Vérité et croyance
Sciences de la nature et sciences de l'homme
L'agir
Liberté et déterminisme
Morale, droit et politique
L'Etat et la société
Histoire et progrès
Le travail et les échanges

2 - Questions
Les questions correspondent chacune à un ensemble structuré de problèmes fortement ancrés dans les traditions philosophiques, et qui témoignent d'une présence de la discipline dans le processus par lequel le monde contemporain prend conscience de lui-même et des interrogations qu'il suscite.
Cette liste de questions ne prescrit elle non plus aucun ordre de traitement, ni n'exclut que le cours s'organise, en partie ou en totalité, selon d'autres ensembles de problèmes ; il est également tout à fait concevable que telle ou telle de ces questions, qui définissent des directions de travail sans prescrire la substance de l'enseignement, ne donne pas lieu à un traitement thématique, mais soit prise en considération de façon différenciée à divers moments du travail de la classe. Simplement, l'organisation du cours, qui relève de la liberté et de l'initiative du professeur, fera en sorte que la formation des élèves à la réflexion critique n'omette pas de leur fournir les instruments notionnels et les éléments de culture philosophique requis pour s'orienter dans ces questions. Quel qu'ait été le mode de traitement retenu, le cours devra aussi faire ressortir l'unité de chacune des questions inscrites au programme.
Le présent programme de philosophie inscrit en lui un dispositif instituant l'éventualité d'une révision de la liste de questions, tous les cinq ans, par le Groupe technique disciplinaire de philosophie à partir des informations fournies par l'Inspection générale sur l'application des programmes, ainsi qu'à la faveur des renouvellements de la réflexion philosophique.

La maîtrise de la nature
La révolution galiléenne : cosmos et univers
La question de la technique
Les limites de la maîtrise : prudence et responsabilité
Droits de l'homme et démocratie
Citoyenneté antique et citoyenneté moderne : la question de l'esclavage
La question de la souveraineté : droit naturel et contrat social
La question de la société juste : égalité et différences

3 - Auteurs
La liste des auteurs a une double fonction : d'une part, elle détermine l'ensemble d'où devront être tirés les textes proposés à l'écrit du baccalauréat ; elle indique, d'autre part, les auteurs dont les oeuvres, étudiées en classe, seront à l'oral objet d'interrogation. L'étude de ces oeuvres, dont le choix est laissé à l'appréciation du professeur, peut être conçue comme un approfondissement de telle ou telle partie du cours en rapport avec les notions et les questions figurant au programme.
Les oeuvres, étudiées de façon suivie, pourront l'être soit en totalité, soit par parties significatives, pourvu que celles-ci aient une certaine ampleur, forment un tout et présentent un caractère de continuité.
Une oeuvre au minimum sera étudiée en série ES ; si le professeur choisit de faire étudier plus d'une oeuvre, elles seront choisies dans des périodes distinctes (la liste fait apparaître trois périodes : l'Antiquité et le moyen âge, la période moderne, la période contemporaine).

Platon ; Aristote ; Epicure ; Lucrèce ; Sénèque ; Cicéron ; Epictète ; Marc-Aurèle ; Plotin ; Augustin ; Averroès ; Thomas d'Aquin ; Ockham.
Machiavel ; Montaigne ; Hobbes ; Descartes ; Pascal ; Spinoza ; Locke ; Malebranche ; Leibniz ; Vico ; Berkeley ; Montesquieu ; Hume ; Rousseau ; Diderot ; Kant.
Hegel ; Schopenhauer ; Tocqueville ; Comte ; Cournot ; Stuart Mill ; Kierkegaard ; Marx ; Nietzsche ; Freud ; Husserl ; Bergson ; Alain ; Russell ; Bachelard ; Heidegger ; Wittgenstein ; Popper ; Sartre ; Arendt ; Merleau-Ponty.

4 - Recommandations concernant l'apprentissage du questionnement, de l'argumentation et de l'analyse philosophiques (écrit et oral)
Une des missions fondamentales de l'enseignement de la philosophie, conjointement avec les autres disciplines appartenant aux "humanités", est de former les élèves à l'argumentation. Sous bien des rapports, sa maîtrise apparaît comme le garant de l'autonomie de la pensée et son exercice comme le fondement même de la vie démocratique.
Cet apprentissage, qui s'accomplit tout particulièrement à l'occasion de la lecture de textes philosophiques et qui n'est pas conçu comme un moment distinct du cours, consistera à pratiquer les opérations présupposées ou mobilisées dans les différentes étapes du discours argumentatif écrit ou oral :
- construction d'une problématique à partir d'une notion, d'une question ou d'un texte : explicitation du problème et repérage de ses enjeux ;
- exposition impartiale d'une thèse ; restitution d'une argumentation à l'occasion d'une étude de texte ;
- élaboration d'un concept ou d'une distinction conceptuelle ;
- confrontation de thèses visant à l'élaboration d'une réponse réfléchie à la question posée ;
- évaluation d'un argument par son insertion dans un dialogue critique ou par sa confrontation à des exemples ;
- progression argumentée dans les étapes de l'analyse ;
- appréciation des résultats d'un parcours argumentatif.
L'apprentissage de ces opérations peut s'effectuer notamment :
- à travers la production, en classe ou à domicile, de brefs textes susceptibles de constituer les moments d'une argumentation de type dissertatif ;
- sous la forme d'une dissertation complète produite en classe ou à domicile, de façon guidée ou individuelle ;
- à l'occasion de l'étude critique (écrite ou orale) d'un texte philosophique dont on s'efforce de reconstituer la logique immanente ou de dégager les principaux concepts et arguments.

III - ANNEXE : RÈGLES DE FORMATION DES SUJETS DE PHILOSOPHIE AU BACCALAURÉAT
Le choix des sujets d'examen doit faire l'objet d'une attention toute particulière afin de permettre que le travail effectif des élèves soit évalué à sa juste valeur. En philosophie, l'épreuve du baccalauréat sanctionne la formation d'une seule année, conduite sous la responsabilité d'un unique professeur : la correction de la copie par un autre professeur doit donc permettre de reconnaître l'effort philosophique de l'élève - ce qui requiert une relation entre le programme et les sujets d'examen qui soit dépourvue de toute ambiguïté. L'énoncé de règles de formation des sujets doit en ce sens répondre à deux objectifs :
- faciliter la formation des sujets par les commissions chargées de les élaborer, en rappelant ou précisant les conditions qui doivent être remplies pour qu'un sujet soit retenu ;
- guider les élèves dans la préparation de l'épreuve, en explicitant comment les sujets d'examen se rapportent au travail accompli au cours de l'année dans le cadre du programme.
L'application de quatre règles, qui ne dispensera pas d'apprécier la difficulté intrinsèque des sujets, permettra ainsi de mieux cadrer la formation des sujets de philosophie :
· Les sujets proposés à l'écrit du baccalauréat font référence de façon clairement identifiable aux éléments du programme (notions, associations de notions ou questions) de la série considérée. Cette référence, qui peut être explicite ou implicite dans la formulation retenue, est déterminante pour l'élaboration de ces sujets : c'est elle qui garantit la conformité des épreuves à la formation dispensée durant l'année à partir du programme. En conséquence, il est demandé aux commissions élaborant les sujets de procéder à une brève justification écrite de leurs choix, qui, sans préjuger du traitement du sujet par l'élève, explicitera de quelle manière les sujets retenus font référence aux éléments du programme.
· Les deux premières parties du programme de philosophie (notions, questions) ne doivent pas donner lieu à l'élaboration de sujets systématiquement distincts : le principe de l'unité du programme, qui vaut pour la construction du cours par le professeur, vaut aussi pour la formation des sujets. Il est donc possible qu'un sujet entretienne une relation plus directe avec tel élément de la liste de notions ou avec telle dimension d'une question figurant dans le programme, mais en aucun cas cette distribution des sujets entre les diverses parties du programme ne doit constituer une règle : bien au contraire les commissions de choix de sujets doivent-elles faire en sorte qu'une telle distribution des sujets soit imprévisible, notamment en privilégiant les sujets dont le traitement exige d'intégrer des apports correspondant aux diverses parties du programme.
· Les sujets choisis, même si la relation qu'ils entretiennent avec le programme doit être clairement identifiable, ne doivent jamais inviter l'élève à seulement réciter un cours appris. Si l'appropriation d'une culture philosophique constitue l'une des qualités de ce que peut être une copie réussie, la recherche d'une telle qualité ne saurait s'accomplir au détriment de la mise en évidence des qualités de réflexion et d'argumentation.
· La liste des auteurs s'entend de façon strictement limitative pour ce qui est du seul choix des sujets de l'étude de texte (troisième épreuve).

 


Le nouveau programme de philosophie au format pdf : Programme.pdf

 

 

 

Pour lire ce fichier, il vous faut disposer d'Acrobat Reader 4.0. Vous pouvez télécharger gratuitement ce programme sur le site de son éditeur : http://www.adobe.fr/products/acrobat/readstep.html

 


Les Résultats de la consultation : synthèse nationale

 

1. La méthode de la consultation
Conformément aux recommandations de la Direction de l'enseignement scolaire (note du 12 octobre 2000 parue au BO n°37 du 19 octobre 2000), il est revenu aux Inspecteurs d'académie ­ Inspecteurs pédagogiques régionaux (IA-IPR) de philosophie, placés sous l'autorité des recteurs, d'organiser la consultation de manière à tenir compte des particularités à la fois de la discipline et des académies. De fait, l'organisation territoriale des corps d'inspection comme de l'enseignement lui-même, les professeurs de philosophie étant en général très peu nombreux dans chaque lycée, a conduit à retenir des modalités de consultation très proches d'une académie à l'autre.
Un questionnaire, rédigé en commun au plan national par les IA-IPR, invitait les enseignants à communiquer leur avis sur l'énoncé et la présentation du programme, sur l'accompagnement de sa mise en oeuvre (opportunité d'un document et d'actions d'accompagnement) ainsi que sur les recommandations liées à l'évaluation des élèves. Dans toutes les académies, des rencontres entre enseignants ont été organisées à des échelles territoriales variables par les IA-IPR après la diffusion de ce questionnaire. Les enseignants ont ainsi pu le renseigner en fonction des informations reçues lors de ces réunions et des débats qui s'y sont déroulés.
Les questionnaires ont été centralisés au niveau de chaque rectorat et analysés sous l'égide des IA-IPR. Le taux de réponse au questionnaire et de participation aux réunions (très souvent équivalents) oscillent entre 52 % et 90 %. Une très faible proportion d'enseignants s'est également exprimée sur papier libre ou sur le site internet de la Direction de l'enseignement scolaire.
Etant donné la nature des sujets abordés ainsi que la facture du questionnaire ayant servi de support principal aux débats, la synthèse des avis recueillis, qu'elle soit faite au niveau académique ou national, ne saurait se limiter à la simple comptabilisation des appréciations globales portées par les enseignants, parfois sous la forme de votes " pour " ou " contre ". Elle tente surtout d'éclairer, point par point, ce qui questionne ou paraît devoir être amendé. Ainsi, d'un point de vue national, les données chiffrées présentées dans les synthèses académiques apparaissent moins comme des résultats statistiquement établis que comme des indicateurs des interrogations les plus lourdes susceptibles de conduire à des aménagements nécessaires du programme. C'est donc sur ces interrogations et les critiques qui les accompagnent qu'est centrée cette synthèse nationale.
2. Les avis recueillis sur le contenu du programme
a) Sur les motifs et principes exposés dans la présentation
Assez favorables à une évolution du programme, une grande majorité des professeurs consultés se disent en accord avec les motifs et principes exposés dans la présentation quand ces derniers sont pris isolément, mais relèvent des contradictions entre ces éléments ou entre ce que ces éléments affirment et le contenu du programme qui leur fait suite.
Pour une partie des enseignants, ces motifs et principes sont circonstanciels et peu philosophiques, sacrifient à l'air du temps, au consumérisme, au discours médiatique que les auteurs du programme prétendent pourtant dénoncer. Il y aurait aussi confusion avec l'Education civique, juridique et sociale. S'exprime ainsi un soupçon de mettre en place un " prêt-à-philosopher ", susceptible d' " embrigader " la pensée et de vouloir réduire la discipline au formalisme. Des expressions comme " cahier des charges " et " professeur maître de l'organisation de son cours " (au lieu de " auteur de son cours ") sont ressenties comme des atteintes aux libertés philosophique et pédagogique.
Enfin, il est souvent rapporté qu'améliorer les résultats au baccalauréat ne saurait être un principe fondateur d'un programme. Il est ainsi exprimé que c'est à l'épreuve de s'adapter au programme et non l'inverse et que les élèves ne sauraient être les prescripteurs de ce qui doit leur être enseigné. La notion d'une " culture philosophique commune " est massivement refusée en vertu de ce que philosopher est un exercice individuel et qu'on ne peut " formater " tous les élèves sur un seul modèle.
b) Sur l'association des notions
Même si la volonté exprimée par les auteurs du programme de délimiter de façon raisonnable le champ de l'enseignement philosophique proposé aux lycéens n'est pas en tant que telle contestée, l'association des notions par séries de deux ou trois est jugée trop systématique. Elle apparaît en contradiction avec le principe de liberté pédagogique. Elle prédéterminerait trop le sens de la réflexion en l'enfermant dans un traitement unique et uniforme. Les restrictions induites sont qualifiées d' " arbitraires ", de " partiales ", d' " appauvrissantes " ; elles banaliseraient ou amoindriraient l'autonomie et la richesse de certains problèmes.
Les associations de notions les plus critiquées sont : langage et communication ; devoir et bonheur ; histoire et progrès ; liberté et déterminisme ; l'art et le beau ; désir et besoin. D'autres font l'objet de demandes d'éclaircissement (la conscience, l'inconscient et le sujet) ou sont jugées difficiles à mettre en oeuvre à cause des pré-requis nécessaires (logique, méthode et raisonnement).
Des regrets s'expriment également quant à la disparition de certaines notions figurant dans l'ancien programme comme : autrui, les passions, la personne, la religion, la métaphysique, le mal, le corps, le vivant, la justice, le jugement, l'irrationnel, l'imagination.
Il est déploré par ailleurs qu'aient été introduites des spécifications selon les séries comme " la raison et le sensible " en série L ou " la raison et l'expérience " en série S. Pour cette dernière série, on aurait souhaité continuer à traiter de la religion, du bonheur, de la mort.
De tels avis ressort une critique philosophique globale reprochant au nouveau programme une orientation d'ensemble trop tournée vers l'éthique et le politique, au détriment de la métaphysique, de l'épistémologie, de la psychanalyse ou de l'esthétique.
La distinction entre " notion-concept " et " notion-problème " est très largement rejetée comme " obscure ", " non-pertinente ", " formelle ", " inutile ", voire " dangereuse ". L'alternative proposée est alors soit de revenir à l'ancienne formulation sur la problématisation, soit de reformuler et d'expliciter cette distinction.
c) Sur les questions à ancrage contemporain et leur clause de révisabilité
C'est sans doute la partie du programme la plus critiquée. De nombreux professeurs considèrent qu'on dénierait leur compétence pédagogique et leur conscience philosophique en supposant que leur pratique serait déconnectée de la prise en compte du réel. Sur les trois " questions à ancrage contemporain " proposées en série L, Droits de l'Homme et démocratie et Religion et modernité sont les plus critiquées. En revanche, La maîtrise de la nature, et surtout sa sous-partie La révolution galiléenne : cosmos et univers, remporte un plus large assentiment.
Ces " questions " sont suspectées d'encourager l'historicisme, de réduire l'enseignement de la philosophie en terminale à celui de l'histoire des idées, voire à de la vulgarisation où le rôle de l'enseignant se limiterait à celui de " consultant sur le monde contemporain ". Les arguments invoquent ici la " soumission à l'actualité ", le " discours dominant des médias ", les " effets de mode ". D'où la critique de la révisabilité quinquennale : la philosophie étant intemporelle, elle ne saurait être inféodée à des durées. Par ailleurs cette révision apparaît comme risquant de faire disparaître des problématiques relatives à la religion ou la technique qui ne figurent plus comme notions dans le programme. Enfin, il est craint que le changement intégral de ces deux ou trois questions tous les cinq ans n'exige un trop grand travail de préparation des cours.
Les critiques se focalisent peut-être surtout sur les items qui déterminent ces questions. Ils sont perçus comme des points de passage obligés, préétablis et arbitraires, trop limitatifs ou dogmatiques. Sont évoqués à ce propos la mise en forme philosophique d' " une idéologie officielle ", d'un " catéchisme social " destiné à instrumentaliser la discipline au service de seuls enjeux de citoyenneté. Ce ne sont pas ici les valeurs démocratiques et républicaines qui sont rejetées, bien au contraire, mais ce qui subordonnerait l'enseignement philosophique à un " ailleurs " moral et politique limitant " l'Homme " ou le " sujet " à sa dimension de citoyen.
Ces " questions qui ne questionnent pas " apparaissent comme un encouragement à un enseignement qui serait trop fondé sur des thèmes donnant lieu à la restitution de corps de doctrines et des questions de cours à bachoter plutôt que sur de véritables problématiques.
Enfin, il est reproché à ces " questions " d'alourdir le programme de manière incompatible avec la réduction d'horaire.
d) Sur l'argumentation et la dissertation
Nombre d'enseignants consultés n'ont pas apprécié ces recommandations parce qu'ils considèrent déjà pratiquer ce qu'elles préconisent. Pour beaucoup, elles possèdent le défaut de réduire la philosophie à la rhétorique (voire à la sophistique), de privilégier le formalisme au détriment du véritable travail réflexif. La dissertation ne saurait se limiter à la technique argumentative, à la mise en scène d'une confrontation d'opinions ni à la justification d'une opinion énoncée d'avance, mais elle doit s'organiser autour du questionnement et de la problématisation des points de vue.
Pour autant, les professeurs se déclarent unanimement d'accord pour maintenir la dissertation, mais en refusant le " technicisme ", l' " utilitarisme " et la " standardisation ". La consultation apparaît ici comme un plaidoyer pour l'effort philosophique seul susceptible d'assurer de meilleures conditions d'apprentissage et de garantir des notes plus élevées à l'épreuve du baccalauréat.
Sur un plan plus pratique, de nombreux avis suggèrent que cette partie du programme figure plutôt dans un document d'accompagnement.
e) La liste d'auteurs
L'ouverture de cette liste à des auteurs supplémentaires (notamment du Moyen-Age ou plus contemporains) est très généralement bien accueillie.
3. Les avis recueillis sur les documents d'accompagnement et les actions de formation
Le programme publié n'a pas été assorti d'un document d'accompagnement. Les avis sont partagés sur l'opportunité de son élaboration. Les uns y sont opposés en simple conséquence de leur opposition au programme. D'autres craignent que ces documents soient trop injonctifs ou constituent des manuels qui restreindraient leur liberté pédagogique. D'autres encore souhaiteraient être consultés lors de l'élaboration des dits documents.
Les actions d'accompagnement sont davantage souhaitées et envisagées sous la forme de réunions d'échange de pratiques entre collègues ou de formation universitaire. Parmi les thèmes suggérés : l'évaluation et la docimologie, les nouveaux auteurs de la liste, l'épistémologie. Le souhait est ici clairement exprimé que les formations proposées par le Programme national de pilotage de la formation continue ou dans les Plans académiques de formation gagnent en qualité et tiennent compte davantage des besoins du terrain.
4. Les avis recueillis sur les modes d'évaluation
Une très large majorité est attachée à la dissertation et à l'épreuve du baccalauréat actuelle. Beaucoup d'enseignants souhaitent un oral obligatoire pour la série L.
Les critiques exprimées sur le programme débouchent toutefois sur la crainte qu'il conduise à des sujets limités en nombre et favorisant la " récitation " du cours. De même, certains avis redoutent un cadrage trop strict de l'épreuve du baccalauréat et une grille de correction ou un barème valorisant trop les savoirs et savoir-faire au détriment du véritable travail de réflexion. A cet égard, la mise en annexe du programme des règles de formation des sujets apparaît souvent comme inopportune.
 
© Ministère de l'Education Nationale/Direction de l'Enseignement Scolaire - mars 2001


Rapport sur la réunion organisée par le cabinet du Ministre de l'éducation nationale à propos du programme de philosophie des classes terminales.

 

Cette réunion a eu lieu le mercredi 31 janvier de 15h à 17h au ministère.

Etaient présents : Mmes et MM. Hussenet, directeur de cabinet du ministre, et divers collaborateurs, Tavoillot, conseiller, Menasseyre, doyenne de l'inspection générale de philosophie, Pessel, inspecteur général honoraire, Renaut, président du " Groupe d'experts ", Engel, Tiercelin, Kambouchner, Fichant, universitaires, Pena Ruiz, Raffin, professeurs de philosophie, Rosa, président de l'ACIREPH et Aujaleu, président de l'APPEP.

M.Hussenet a précisé que les invités étaient là " à titre personnel " en tant qu'ayant manifesté leur intérêt pour la question débattue. Le cabinet du ministre a promis la publication des résultats académiques et de la synthèse nationale de la consultation des collègues sur le programme. Les résultats de la réunion seront transmis au ministre qui jugera de la suite à donner. (Mais il semble que le ministère soit réticent à tout moratoire et veuille une application du nouveau programme ­ amendé ou non ­ à la rentrée 2001)

M. Pessel commence par formuler des critiques sur le questionnaire de la consultation dont il pense qu'il reliait indûment la question de la diminution des horaires et celle du contenu du programme. M. Pena Ruiz conteste cette analyse et Mme Raffin souligne qu'en produisant des motions séparées sur les diminutions d'horaires et sur les programmes, les collègues des diverses académies ont bien fait la différence.

Mme et Ms. Kambouchner, Fichant, Pena Ruiz, Raffin et Aujaleu ont tour à tour exposé les critiques suscitées par ce programme (étant donné qu'elles ont été déjà largement développées ailleurs ­ revues, tracts, etc. ­ je me contente de résumer les trois points fondamentaux de désaccord):
Le couplage systématique des notions s'avère exagérément restrictif pour la réflexion et certains choix sont très discutables.
Les questions à ancrage contemporain sont surdéterminées (elles témoignent d'une orientation philosophique), elles conduisent à terme à des " questions de cours ", et on ne voit pas pourquoi elles auraient, seules, le privilège de faire réfléchir l'élève sur le monde contemporain. La clause de révisabilité peut conduire l'enseignement secondaire à suivre une succession de courants ­ voire de modes ­ philosophiques.
L'insistance sur l'argumentation ne spécifie jamais ce qu'est une argumentation philosophique par opposition à un simple usage rhétorique.

Les réponses de MM. Renaut, Tiercelin, Engel et Rosa.
M. Renaut se défend de vouloir instaurer une " philosophie officielle " et rappelle qu'un programme de simples notions est trop largement indéterminé et ne permet pas une délimitation claire de ce qui est à évaluer à l'examen.
Mme Tiercelin ne comprend pas les critiques visant l'argumentation qui lui paraît propre au discours philosophique.
M. Rosa dresse un tableau catastrophique de l'évaluation au baccalauréat. Un programme de notions isolées laissant place à une variété considérable de sujets possibles, les candidats ne seraient plus en mesure de traiter convenablement cette diversité et les corrections des copies n'auraient plus aucune fiabilité.

Mme Menasseyre conteste cette dernière appréciation : les commissions de choix des sujets du bac veillent tout particulièrement depuis quelques années à la clarté et à la " faisabilité " de ces sujets. De plus, les commissions d'entente et d'harmonisation ont permis de réduire les facteurs aléatoires de la correction et de la notation.

La réunion s'est achevée sur un certain constat de " crise ". Nous en sommes au troisième projet de programme en quelques années. Mais il a été rappelé que le programme " Dagognet-Lucien " avait été accepté par les collègues ; c'est le CNP qui l'a rejeté !

M. Pessel propose, pour sortir de la crise, de mettre à l'essai ce programme. Selon lui, les professeurs de philosophie du secondaire seraient largement d'accord sur une pratique commune de l'enseignement de la philosophie ; si le programme est nécessaire, il n'est pas suffisant pour fonder cette pratique. M. Pena Ruiz souligne que cette proposition est inacceptable ; elle fait fi du point de vue dominant exprimé par les collègues lors de la consultation.

Et maintenant ?

La vigilance sur les suites qui vont être données à la consultation et à la réunion s'impose plus que jamais.
Mais si l'application du programme, tel qu'il est, est inacceptable, un pur et simple retour au programme de 1973 n'est pas souhaitable non plus. Son amplitude est telle qu'il n'est plus " totalement traité " et l'ouverture de la liste des auteurs est largement approuvée.
L'attitude de l'Association a trop souvent était présentée comme strictement défensive et négative ; or, les collègues, qui sont les acteurs fondamentaux de l'enseignement philosophique, sont bien placés pour émettre des avis sur les contenus et les pratiques de cet enseignement. Sans se substituer aux instances désignées par les pouvoirs publics, l'Association pourrait aussi être une force de proposition.
Le bureau national est ouvert au débat et souhaite que les collègues nous transmettent leurs avis.

Montpellier le 1er février 01
Edouard Aujaleu


Correspondance officielle

 

Courrier de Edouard Aujaleu (Président de l'APPEP) à M. le Ministre de l'Education Nationale (26 mars 2001)

Les professeurs de philosophie ont participé activement à la consultation sur le programme des classes terminales organisée par vos soins. Les synthèses académiques et nationale de cette consultation viennent d'être rendues publiques. Un avis négatif, largement majoritaire, a été émis sur plusieurs points de ce programme. Nous aurions souhaité que le groupe d'experts tienne compte de ces réflexions. Les professeurs de philosophie ne comprendraient pas la mise en place, à la rentrée 2001, d'un tel programme ­ même légèrement remanié ­ qu'ils jugent néfaste à l'esprit de l'enseignement philosophique et donc à l'intérêt des élèves. Pourrait-on enseigner avec sérénité et conviction à partir d'un programme que l'on juge à la fois trop marqué par une doctrine déterminée et qui restreint de manière abusive le questionnement ?

Ne serait-il pas souhaitable de confier à un groupe d'experts plus ouvert le soin de découpler les associations de notions qui ont été jugées contestables, de réaffirmer la nature réflexive ­ et pas seulement argumentative ­ de la pensée philosophique, aussi bien dans l'exercice de dissertation que dans celui de l'explication de texte, et enfin d'éliminer les questions dites " à ancrage contemporain " qui ont suscité la plus grande hostilité des enseignants de philosophie parce qu'elles risquent d'entraîner l'enseignement vers un dogmatisme contraire à la liberté de la réflexion philosophique ? Une solution acceptable serait de transformer le contenu des ces questions en notions intégrées à la première partie du programme.

Les professeurs de philosophie ont à coeur la tâche qui leur est confiée auprès des élèves. L'adoption d'un programme qui n'aurait pas leur assentiment nuirait à cette oeuvre commune de l'enseignant et de l'élève que constitue un cours de philosophie.

Pour ces raisons, le bureau national de l'Association des Professeurs de Philosophie sollicite une audience de votre part pour vous soumettre les réflexions et les propositions de nos membres.

Veuillez agréer, Monsieur le Ministre, l'expression de notre haute considération.

 

Courrier de Edouard Aujaleu (Président de l'APPEP) à M. le Premier Ministre (24 avril 2001)

Monsieur le Premier Ministre

Les professeurs de philosophie ont été consultés par le Ministère de l'Education Nationale sur un projet de programme de philosophie pour les classes terminales des lycées.
Les synthèses académiques et nationale de cette consultation viennent d'être rendues publiques. Un avis négatif, largement majoritaire, a été émis sur plusieurs points de ce programme. La critique la plus fondamentale émise à l'encontre du groupe technique disciplinaire (devenu " groupe d'experts ") qui a élaboré ce programme porte sur sa partialité. En effet, les questions retenues dans ce projet sont le reflet d'un courant philosophique particulier propre au président du groupe d'experts et ne peut donc, sous peine de constituer une " philosophie officielle ", être érigé en modèle de l'enseignement philosophique.
Dans sa critique de ce projet, l'Association des professeurs de philosophie de l'enseignement public s'est associée à un collectif d'universitaires, de personnalités intellectuelles et de professeurs du secondaire qui a recueilli, à ce jour, près de deux mille signatures.
Les professeurs de philosophie ne comprendraient pas qu'on leur impose autoritairement, à la rentrée 2001, un tel programme qu'ils jugent néfaste à l'esprit de l'enseignement philosophique et donc à l'intérêt des élèves. Pourrait-on enseigner avec sérénité et conviction à partir d'un programme que l'on juge à la fois trop marqué par une doctrine déterminée et qui restreint de manière abusive le questionnement ?
Le bureau de l'Association des professeurs de philosophie de l'enseignement public vous demande d'intervenir auprès du Ministre de l'Education nationale pour qu'il surseoit à toute application de ce programme et confie à un groupe d'experts, plus représentatif de l'ensemble des professeurs de philosophie, le soin d'élaborer un programme qui permette une véritable liberté de l'enseignement philosophique.
Les professeurs de philosophie ont à coeur la tâche qui leur est confiée auprès des élèves. L'adoption d'un programme qui n'aurait pas leur assentiment provoquerait de graves conflits et nuirait à cette oeuvre commune de l'enseignant et de l'élève que constitue un cours de philosophie.

Veuillez agréer, Monsieur le Premier Ministre, l'expression de notre très haute considération.

 

 

Courrier de Edouard Aujaleu (Président de l'APPEP) à M. le Ministre de l'Education Nationale (1er mai 2001)

Monsieur le Ministre,

Je vous ai adressé une lettre, en date du 26 mars, qui vous faisait part des critiques de l'Association des professeurs de philosophie à l'encontre du projet de programme de philosophie des classes terminales et sollicitait une audience. Cette lettre est restée, à ce jour, sans réponse.
Je tiens à renouveler la critique la plus fondamentale émise à l'encontre de ce programme, à savoir celle qui porte sur sa partialité. En effet, les questions retenues dans ce projet sont le reflet d'un courant philosophique particulier propre au président du groupe d'experts et ne peut donc, sous peine de constituer une " philosophie officielle ", être érigé en modèle de l'enseignement philosophique.
Dans sa critique de ce projet, l'Association des professeurs de philosophie de l'enseignement public s'est associée à un collectif d'universitaires, de personnalités intellectuelles et de professeurs du secondaire qui a recueilli, à ce jour, près de deux mille signatures.
L'adoption d'un programme qui n'aurait pas l'assentiment des professeurs risquerait de provoquer de graves conflits. En conséquence, le bureau de l'Association des professeurs de philosophie de l'enseignement public vous demande :
- de surseoir à toute application de ce programme,
- et de confier à un groupe d'experts, plus représentatif de l'ensemble des professeurs de philosophie, le soin d'élaborer un programme qui permette une véritable liberté de l'enseignement philosophique.

Veuillez agréer, Monsieur le Ministre de l'Education Nationale, l'expression de notre haute considération.

 

Courrier de Edouard Aujaleu (Président de l'APPEP) à M. le Ministre de l'Education Nationale (09 mai 2001)

Monsieur le Ministre

Je vous écris à nouveau au sujet du projet de programme de philosophie des classes terminales, après la réunion du Conseil Supérieur de l'Education du 3 mai 2001. Le texte proposé par le Groupe d'experts a certes été voté par 16 voix contre 12 ; mais il faut souligner que la majorité des représentants des professeurs s'est opposée à ce programme.
Dans votre lettre du 24 avril 2001 à la Secrétaire Générale de la Conférence des présidents des associations de professeurs spécialistes ­ Mlle Souriau ­ vous traitez de " situations par définition inacceptables " tout acte de mépris envers les professeurs, et vous affirmez votre souci de " valoriser la fonction [des professeurs] et de faire en sorte qu'ils soient accompagnés, épaulés et entendus. " Nous espérons donc que vous prendrez en considération le rejet massif de ce programme par les professeurs eux-mêmes.
En outre, le vote du CSE a été acquis sans le quorum nécessaire, et un arrêté entérinant ce programme risquerait d'être annulé en Conseil d'Etat. Pour éviter un tel risque et pour prévenir tout danger de graves conflits, nous vous redemandons, Monsieur le Ministre, de surseoir à toute application d'un nouveau programme de philosophie et de constituer un groupe d'experts réellement représentatif de l'ensemble des professeurs de philosophie, en vue d'élaborer un autre projet.

Veuillez agréer, Monsieur le Ministre, l'expression de notre haute considération.

 


Le programme modifié après consultation

Version définitive applicable à la rentrée 2001
Arrêté du 31 mai 2001


I. Présentation   

  I.1. Motifs

L'enseignement de la philosophie dans les classes terminales des lycées a pour finalité de permettre à chaque élève d'accéder à l'exercice autonome de la réflexion.
Cette finalité est commune à toutes les disciplines de l'école. L'enseignement philosophique joue cependant ici un rôle tout particulier, ne serait-ce que dans la mesure où il intervient au moment même où l'individu se trouve confronté aux choix qui structureront sa vie d'adulte et de citoyen. Aussi bien la poursuite d'une formation supérieure que l'insertion professionnelle imposeront à chacun une détermination plus spécialisée de ce qu'il sait et de ce qu'il fait. Avant ce virage et pour qu'il se négocie dans la liberté et dans la responsabilité, la classe de philosophie propose aux élèves de prendre le temps d'acquérir les moyens de s'interroger sur le sens et sur les principes de leur existence individuelle et collective.
La formation philosophique élémentaire dispensée dans les classes terminales vise ainsi à développer chez ceux à qui elle s'adresse une conscience critique de ce que seront leurs tâches, tant privées que publiques :
- ne pas uniquement accumuler des savoirs pouvant être investis dans une profession, mais aussi comprendre le monde, et pour cela s'orienter dans le champ des connaissances, des compétences et des informations ;
- non point seulement réussir dans la vie, mais réussir sa vie, en cherchant certes à bien vivre, mais aussi à vivre bien ;
- non pas simplement se contenter des droits que procure la citoyenneté, mais également réfléchir de façon éclairée aux responsabilités qu'impliquent la vie de la cité et le souci du bien commun.
C'est dans cette perspective d'une conquête de l'autonomie de la réflexion que les programmes de l'enseignement de la philosophie doivent aujourd'hui être réélaborés. Que ces programmes n'aient pas été modifiés pendant bientôt trente ans, alors même que, depuis le début des années 1970, la population scolaire s'est considérablement élargie et diversifiée, alors même que la philosophie, telle qu'elle écrit son histoire, a connu des transformations aussi profondes que celles des autres disciplines, ce n'est pas là un des moindres motifs d'une telle réélaboration. Mais il s'est agi de prendre également en compte une mutation extérieure à la philosophie elle-même, qui retentit directement sur la façon dont l'enseignement philosophique, tel qu'il est conçu dans la tradition démocratique et républicaine, peut et doit répondre à sa finalité.
Tout autant qu'autrefois, il est difficile en effet pour l'individu de s'arracher " tout seul " à l'état de dépendance qui définit la minorité. Néanmoins acquérir le courage de se servir de son propre entendement devient une tâche particulièrement exigeante quand la fabrication des préjugés est susceptible d'être relayée par l'univers des médias et quand ceux-ci diffusent une information émiettée et rapide, favorisant par là même la passivité d'un public voué au simple rôle de spectateur.
En ce sens, contre ces nouvelles formes d'entraves à la pensée libre, l'enseignement philosophique dispensé dans les lycées constitue une chance de formation critique que notre école se doit d'offrir à tous les élèves en tenant compte de ce que le développement des sciences et des techniques peut apporter à l'amélioration de la pensée dans ses opérations. Encore faut-il que cette offre prenne acte des conditions modifiées dans lesquelles s'effectue l'inculcation des préjugés et qu'elle se reformule à son tour de manière à fournir aux professeurs des moyens eux aussi modifiés de répondre à cette situation nouvelle. Sous ce rapport, deux axes principaux de reformulation sont apparus devoir présider à la réécriture des programmes de philosophie.

Premier axe de reformulation : inscrire dans les programmes un certain nombre de questions d'approfondissement.
Il ne saurait être envisagé de soumettre l'enseignement de la philosophie au culte médiatique de la nouveauté. Pour le moins admettra-t-on en revanche que s'il apparaissait souhaitable en 1925 déjà de " mettre la culture philosophique en relation avec les problèmes réels que pose la vie morale, sociale, économique des milieux " où le jeune adulte est appelé à vivre (Anatole de Monzie, Instructions du 2 septembre 1925), a fortiori est-il indispensable aujourd'hui que l'élève de terminale ne puisse avoir " l'impression que la réflexion philosophique se meut dans un monde à part, sans relation avec celui de la science ou celui de la vie ". Et ce, d'autant plus que le monde de la science et de la vie est celui qui, à travers sa version médiatisée, se trouve le plus directement exposé à l'influence des préjugés : comment dans ces conditions ne pas tenir compte, pour rédiger les programmes de philosophie, de la nécessité d'inscrire dans l'apprentissage de la liberté de penser la confrontation aux grandes questions à travers lesquelles le monde contemporain accède à la conscience de lui-même ?
Ces questions, qui doivent permettre un approfondissement de la réflexion critique, ne se conçoivent pas comme des " questions d'actualité ", ainsi que les nommait Anatole de Monzie en 1925, en plaidant alors qu'il vaudrait mieux " les éclairer à la lumière sereine de la pensée désintéressée que d'attendre le moment où elles se résoudraient dans l'entraînement des passions " et " sous l'influence des préjugés sociaux ". A vrai dire, la détermination même de l'" actualité " s'est, depuis 1925, si accélérée, précisément sous la pression de l'univers médiatique, qu'il n'y aurait plus aucun sens, pour un programme scolaire, à tenter d'assurer sous cet angle une ouverture aux " problèmes réels ". Rien n'interdit en revanche d'indiquer des questions, c'est-à-dire des ensembles structurés de problèmes, à partir desquels le professeur peut faire la démonstration qu'une culture philosophique élémentaire permet non seulement d'apporter un " éclairage ", parmi d'autres, sur tel ou tel type d'interrogation suscité par le monde contemporain, mais constitue même la seule voie sur laquelle il est possible d'aborder ces interrogations de façon " éclairée ", c'est-à-dire en échappant au joug des préjugés.

Second axe de reformulation : ménager les conditions d'un apprentissage de la réflexion philosophique.
Chacun le sait : les conditions dans lesquelles les professeurs font acquérir à leurs élèves les instruments d'une pratique élémentaire de la philosophie se sont profondément transformées durant ces dernières décennies. Aussi importe-t-il de réfléchir, plus que ce n'avait été le cas au début des années 1970 comme en 1925, à ce qu'implique la conviction, que nous partageons, selon laquelle la dissertation est la forme de discours écrit la plus appropriée pour évaluer le travail accompli par l'élève de la classe de philosophie dans les séries générales.
Dans une société démocratique, dont la dynamique ne cesse de se développer sous nos yeux secteur par secteur, il faut de plus en plus savoir argumenter, c'est-à-dire exposer ses idées à la discussion et discuter les idées des autres. Dans une culture où plus personne n'ignore que l'" argument d'autorité " n'est précisément pas un argument (parce qu'il est fondé sur un préjugé), seule une soumission volontaire à cette logique de l'argumentation peut valoir légitimation. Substituer à l'argument d'autorité l'autorité de l'argument, c'est faire la démonstration que toute espèce d'autorité n'est pas vouée à disparaître dans l'école comme dans la société démocratiques : que désormais l'on puisse, et même que l'on doive, discuter de tout n'équivaut pas à considérer que plus rien ne vient s'imposer à nous, mais au contraire à reconnaître que la prise en compte du jugement d'autrui, comme interlocuteur présent ou à travers telle grande oeuvre du passé, loin d'être un obstacle à une authentique réflexion personnelle, est indispensable à cet élargissement de la pensée sans lequel il n'y a pas d'espace public.
En ce sens, la forme de la dissertation n'a rien de désuet. Elle doit être assumée et défendue comme le patrimoine non négociable de l'enseignement philosophique élémentaire. Encore faut-il ne pas se contenter de le dire, mais faire en sorte que les programmes de philosophie contiennent en eux le principe d'un apprentissage de l'argumentation, que ce soit sous la forme de l'exercice dissertatif ou, selon une autre modalité tout aussi essentielle, de l'analyse écrite ou orale d'un texte philosophique.  Il ne s'agit donc aucunement de favoriser la réduction techniciste de l'enseignement de la philosophie à l'acquisition de procédures formelles, mais de préciser les conditions de l'apprentissage de la dissertation philosophique ; cet apprentissage est en outre soutenu par le cours qui, dans son effectuation, est aussi un moyen d'initier à la pratique d'une réflexion argumentée visant la vérité. La philosophie se doit de garantir la formation des élèves à un type de discours dont l'apprentissage est solidaire de la construction de la conscience démocratique.

    I. 2. Principes

Ont présidé à l'élaboration de ce programme les cinq principes qui, dans les consultations pratiquées, recueillent l'adhésion la plus large :

1) Faire en sorte que l'enseignement philosophique puisse participer à la formation d'une culture réflexive et critique commune à l'ensemble des lycéens au moment où s'achève leur formation générale : cette exigence ne doit certes pas abolir la diversité qui fait la richesse des classes de philosophie, mais elle requiert, précisément pour que cette diversité puisse ne pas être remise en cause au nom de ce que suppose la préparation d'un examen défini par des sujets nationaux, un effort pour déterminer de façon plus explicite quels sont les éléments constitutifs du programme ; c'est dans cet esprit que l'on s'est efforcé de transcrire dans la lettre du programme, charte commune aux différentes classes de philosophie, les cadres de référence partagés par les enseignants.

2) Ménager pour les élèves les conditions d'une évaluation équitable, significative et qui soit, en fin d'année, à la mesure du travail accompli par l'élève : satisfaire à de telles conditions est particulièrement complexe en philosophie, non pas parce que tout y serait plus relatif et moins susceptible d'être objectivement appréhendé qu'ailleurs. Simplement, l'épreuve du Baccalauréat sanctionne ici la formation d'une seule année conduite sous la responsabilité d'un unique professeur, dont les choix jouent ainsi un rôle déterminant dans le parcours de l'élève. La correction de la copie d'examen par un autre professeur doit donc permettre de reconnaître le travail et l'effort philosophiques de l'élève - ce pourquoi il est indispensable que la relation entretenue avec le programme par les sujets d'examen soit la plus claire possible. Une telle exigence requiert à son tour à la fois une détermination plus transparente des contenus du programme et une explicitation des règles de formation des sujets d'examen (cf. sur ce dernier point l'annexe).

3) Réaffirmer et garantir le respect de la liberté philosophique et pédagogique de l'enseignant de philosophie, maître de l'organisation de son cours : les divers éléments du programme (notions, questions, auteurs, apprentissage de la dissertation et de l'argumentation orale) sont conçus comme définissant un cadre général à l'intérieur duquel le professeur possède l'entière liberté du choix des modalités de construction et d'organisation de son cours. Simplement, le professeur doit s'assurer que l'élève puisse acquérir l'ensemble des connaissances et des compétences correspondant au programme. L'ordre de présentation des éléments de ce programme ne constitue en ce sens nullement l'ordre prescrit d'un cours; de même pour l'ordre de présentation des notions et pour l'ordre de présentation des questions. Cette liberté essentielle du professeur se trouve également réaffirmée et garantie par l'option qui a été prise d'élargir très sensiblement la liste des auteurs proposés au choix des enseignants pour la préparation des épreuves écrites et orales du baccalauréat.

4) Maintenir dans le programme de philosophie une liste de notions : ce choix n'était pas le seul possible, puisque la tradition dans laquelle il s'inscrit n'est après tout vieille que d'un siècle (1902). Il est apparu toutefois que la présence d'une liste de notions dans le programme permettait de maintenir une continuité dans l'histoire de notre enseignement philosophique - sous réserve que deux conditions, souvent évoquées par les professeurs, se trouvent remplies :
- restreindre la longueur même de la liste, tant il est vrai qu'un nombre excessif de notions induit une dispersion dommageable au regard des exigences d'approfondissement et d'appropriation qui font partie des spécificités de l'interrogation philosophique;
- mieux maîtriser l'ampleur de ce que recouvre l'ensemble de ces notions en évitant de réduire l'examen des notions à une simple succession d'analyses dont la segmentation serait néfaste pour le sens de la réflexion philosophique.
Le programme présente ainsi, dans un certain nombre de cas, les notions à travers leur mise en couple ou en série. De même, la présence de questions doit faciliter la mise en relation et la problématisation des notions.

5) Préserver et renouveler l'unité du programme de philosophie : la structure retenue (notions, questions, auteurs) n'invite nullement à faire des trois dimensions du programme autant de parties du cours requérant d'être traitées isolément. Les notions ou associations de notions peuvent être interrogées à la faveur du traitement d'une question ou à partir du commentaire d'une oeuvre ; le commentaire d'une oeuvre peut à son tour être développé à partir d'une interrogation sur une notion ou sur un ensemble de notions. Le professeur pourra choisir en toute liberté d'utiliser la démarche qui lui paraîtra le mieux correspondre aux exigences de son cours. Il est entendu que ce principe de l'unité du programme de philosophie vaut également pour la détermination des sujets d'examen (Cf. l'annexe relative aux règles de formation des sujets)

II. Enonce des programmes

Dans les classes terminales conduisant aux baccalauréats des séries générales, les programmes se composent :
- d'une liste de notions;
- d'une liste de questions
- d'une liste d'auteurs;
- d'une série de recommandations concernant l'apprentissage du questionnement, de l'argumentation et de l'analyse philosophiques (écrit et oral). Pour assurer la lisibilité des programmes, la présentation choisie ci-dessous énonce le programme de chaque série dans sa totalité, même si la liste des auteurs et la série de recommandations concernant l'apprentissage du questionnement, de l'argumentation et de l'analyse philosophiques ne varient pas selon les séries.

II. 1. Série littéraire

    II.1.1. Notions

La liste de notions est présentée sous trois titres : la condition humaine, le savoir, l'agir. Ces trois notions, pas plus que les autres notions ou associations de notions ne constituent obligatoirement, dans l'économie du cours élaboré par le professeur, des têtes de chapitre. L'articulation des notions entre elles, des notions avec les questions et avec l'étude des oeuvres relève, dans le cadre du programme, des choix philosophiques et pédagogiques de l'enseignant.

La condition humaine
La nature et la culture
La conscience, l'inconscient, le sujet
Le langage
Le désir
Le temps, l'existence et la mort
La technique, l'art et le beau

Le savoir
La raison et le sensible
L'opinion, la connaissance et la vérité
La logique, la méthode et le raisonnement
Les sciences de la nature et les sciences de l'homme
Le mythe, la science et la philosophie

L'agir
La liberté
La morale, le droit et la politique
Le devoir et le bonheur
L'histoire
L' État et la société
Le travail

    II.1.2. Questions d'approfondissement

Les questions correspondent chacune à un ensemble structuré de problèmes fortement ancrés dans les traditions philosophiques, et qui participent du processus par lequel le monde contemporain prend conscience de lui-même et des interrogations qu'il suscite.
La liste de questions ne prescrit aucun ordre de traitement, ni n'exclut que le cours s'organise, en partie ou en totalité, selon d'autres ensembles de problèmes ; il est tout à fait concevable que telle ou telle de ces questions, qui définissent des directions d'approfondissement sans prescrire la substance de l'enseignement, ne donne pas lieu à un traitement thématique, mais soit prise en considération de façon différenciée à divers moments du travail de la classe. Simplement, l'organisation du cours, qui relève de 1a liberté et de l'initiative du professeur, devra aussi manifester la spécificité de chacune des questions inscrites au programme et faire en sorte que l'apprentissage d'une réflexion philosophique autonome et critique permette à l'élève de s'orienter dans ces domaines de pensée.

La maîtrise de la nature
La révolution galiléenne : cosmos et univers
Enjeux du progrès technique : prudence et responsabilité

Liberté politique et justice sociale
Citoyenneté antique et citoyenneté moderne : la question de l'esclavage
Les Droits de l'Homme et leurs critiques : égalité et différences

Religion et rationalité
Humanisme et Lumières : raison, foi et superstition
La question des fondements de l'éthique

    II.1.3. Auteurs

La liste des auteurs a une double fonction : d'une part, elle détermine l'ensemble d'où devront être tirés les textes proposés à l'écrit du baccalauréat ; elle indique, d'autre part, les auteurs dont les oeuvres, étudiées en classe, seront à l'oral objet d'interrogation. L'étude de ces oeuvres, dont le choix est laissé à l'appréciation du professeur, peut être conçue comme un approfondissement de telle ou telle partie du cours en rapport avec les notions et les questions figurant au programme.
Les oeuvres, étudiées de façon suivie, pourront l'être soit en totalité, soit par parties significatives, pourvu que celles-ci aient une certaine ampleur, forment un tout et présentent un caractère de continuité.
Deux oeuvres au minimum seront étudiées en série L, choisies dans des périodes distinctes (la liste fait apparaître trois périodes : l'Antiquité et le Moyen Age, la période moderne, la période contemporaine).

Platon ; Aristote ; Épicure ; Lucrèce ; Sénèque ; Cicéron ; Épictète ; Marc Aurèle ; Plotin ; Augustin ; Averroès ; Thomas d 'Aquin ; Ockham.
Machiavel ; Montaigne ; Hobbes ; Descartes ; P