Motion
de la
Conférence des directeurs de départements de philosophie
des universités françaises
Nos étudiants préparant les concours du CAPES
et de l'Agrégation de philosophie ont appris quelques semaines
seulement avant le début des épreuves la diminution
drastique du nombre des postes offerts, qui s'inscrit dans le
cadre d'une baisse globale des postes offerts aux concours de
recrutement des enseignants du second degré.
Certes, le taux de diminution appliqué aux concours
de philosophie est comparable à celui des autres disciplines
(soit environ 40%), mais il concerne une discipline déjà
touchée, les années précédentes, par
des réductions considérables de postes. En effet,
de 1994 à 2004, le nombre de postes au CAPES de philosophie
a évolué de la manière suivante :
300 - 280 - 240 - 180 - 130 - 60 - 50 - 53 - 60 - 60 - 38
Nous n'ignorons pas l' argument invoqué par le ministère
pour justifier cela : le surnombre des enseignants en philosophie.
Mais, outre que ce surnombre est le résultat d'un recrutement
excessivement élevé il y a dix ans, et par conséquent
le résultat d'une politique ministérielle à
courte vue dont nous dénonçons l'incohérence,
cet argument apparaît très inégalement valable
selon les académies, certaines continuant à recruter
des vacataires en philosophie. Du reste, quand bien même
l'argument serait recevable, il ne justifierait pas les extraordinaires
variations du nombre des postes mis au concours selon les années
et notamment le véritable effondrement de la courbe cette
année.
Cette situation est grave à plusieurs égards
:
- Elle est perçue à juste titre par les étudiants
préparant cette année les concours, comme arbitraire
et inéquitable. Ils jugent déloyal que le nombre
de postes offerts soit connu si tardivement dans l'année
universitaire.
- Pour les étudiants en philosophie en début de
cursus, elle crée une incertitude qui rend impossible un
plan d'étude (les concours se préparant sur plusieurs
années) ; pour d'autres, elle entraîne une réticence
à entreprendre des études de philosophie.
- Pour les départements de philosophie cette absence d'équilibre
et de continuité signifie une démobilisation des
candidats aux concours, et au-delà une déstabilisation
grave.
- Pour l'enseignement secondaire, elle agit négativement
sur la qualité du recrutement en créant des écarts
considérables de niveau d'exigences (le recours à
des vacataires insuffisamment formés ajoutant encore à
cette disparité de niveau).
La conférence des directeurs de départements
de philosophie des Universités françaises demande
instamment en conséquence
-que soit mis fin à ces recrutements en dents de scie et
que soit procédé à un lissage des courbes,
-que soit mis en place un plan pluriannuel de recrutement,
-que, plus largement, dans le cadre d'une réflexion à
l'ordre du jour sur les enseignements à l'école,
au collège et au lycée, soit donné à
la philosophie toute sa place et que les multiples demandes dont
elle fait l'objet soient dûment examinées.
Marie-France Badie (Montpellier), Jean-François
Balaudé (Reims), Bruce Bégout (Amiens), Joël
Biard (Tours), Stéphane Chauvier (Caen), Michel Crubellier
(Lille), Dominique Doucet (Nantes), Jean-Luc Gautero (Nice), Jean-Christophe
Goddard (Poitiers) Yves-Jean Harder (Strasbourg), Annick Jaulin
(Paris I), René Lefebvre (Rouen), Thierry Martin (Besançon),
Roger Pouivet (Nancy), Philippe Saltel (Grenoble), Jean Seidengart
(Paris X), Jean Terrel (Bordeaux), Jean-Jacques Wunenburger (Lyon).
