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III.7 – Laïcité instituée et laïcité intériorisée

Pour l’historien Claude Nicolet, la laïcité républicaine ne se limite pas à une organisation des pouvoirs publics. Elle implique une exigence personnelle d’autonomie intellectuelle, qui la préserve de l’autoritarisme. Institution collective, la laïcité a également vocation à être librement intériorisée, comme pensée critique d’elle-même et travail sur soi guidé par la raison.

 

La laïcité intériorisée. La laïcité est un peu plus qu’une institution : un État a-religieux et anticlérical peut être, à son tour, dogmatique et totalitaire ; c’est qu’alors il n’est pas laïque, c’est qu’il prétend diriger les esprits autrement que par la liberté elle-même. La laïcité doit débusquer les dogmatismes jusqu’au cœur de chaque individu, par une discipline permanente. Le respect de soi-même peut seul enseigner le respect des autres. La laïcité républicaine, sous sa forme la plus perfectionnée, est un renversement épistémologique aussi considérable que tous ceux que nous avons essayé d’identifier et d’expliquer jusqu’ici – le refus de la transcendance, la découverte des conditions sociales de la pensée, la rétrospection du droit et de la liberté comme idéalisme a posteriori. Nul ne s’en est si bien aperçu que le protestant libéral, et pourtant libre penseur Ferdinand Buisson. « Le cléricalisme ne se mesure pas à l’étendue plus ou moins restreinte de la prison où il enferme l’esprit humain, il consiste à l’emprisonner. Catholique, protestant ou juif, on devient clérical à l’instant précis où l’on incline sa raison et sa conscience sous une autorité extérieure qui s’arroge et à qui l’on reconnaît un caractère divin. Qu’on abdique devant cette autorité à propos de la messe ou à propos de la Bible, au sujet de l’assomption de la Vierge ou de la résurrection de Jésus-Christ, des miracles de l’Ancien et du Nouveau Testament ou de ceux de Lourdes et de la Salette, de l’infaillibilité du pape ou de la personnalité divine, ce sont des différences de degré, non de nature. Quiconque accepte un credo, qu’il soit en vingt articles ou en un, renonce à être un libre penseur pour devenir un croyant, c’est-à-dire un homme qui nous prévient qu’à un moment donné il cessera d’user de sa raison pour se fier à une vérité toute faite qu’il ne lui est pas permis de contrôler » (Ferdinand Buisson, Libre pensée et protestantisme libéral, 1903, Fischbacher, p. 43 sq. Repris dans Ferdinand Buisson, Éducation et République, Kimé, 2002, p. 147).

La laïcité républicaine est donc bien à la fois une institution collective (c’est-à-dire une organisation de l’État telle qu’il s’interdise toute action autoritaire et déloyale sur les consciences, et qu’il veille soigneusement à ce que nul parti, nulle secte, nulle opinion même ne puisse en exercer), et une ascèse individuelle, une conquête de soi sur soi même. C’est à ce prix qu’on est républicain. C’est à ce prix – qui n’est certes pas mince – que la République peut enfin mériter d’être une unité de cette diversité, cette aspiration à l’universel au-delà d’un modeste hexagone, ce rêve français dont nous avons la charge.

 

Claude NICOLET, L’idée républicaine en France (1789 – 1924), tel Gallimard, 1994, pp. 499-500.

 

III.8 – La laïcité entre conscience et raison

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