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III.3 – L’émancipation laïque dans le néolibéralisme

Selon le philosophie André Tosel, le néolibéralisme contemporain opère comme une religion envahissante qui prétend détenir la vérité définitive et organiser l’ensemble de la vie sociale autour d’un nouveau sacré, destructeur d’un monde commun : la propriété et le profit capitalistes. L’émancipation laïque est concernée par les luttes contre cette aliénation et ce dogmatisme. 

 

La laïcité ne se réduit pas à la nécessaire lutte contre les intégrismes explicites ou non qui nient la liberté de conscience au nom d’une vérité absolue dont une institution, une religion ou une idéologie, auraient le monopole. Les religions ne sont pas seules à faire problème. Le néolibéralisme est bien une sorte de religion de la vie quotidienne qui se noue autour d’une vérité absolue, celle d’une liberté identifiée à la propriété privée capitaliste et à son dynamisme accumulateur infini. C’est la part réservée à la propriété privée et à son absolutisme qui différencie aussi les cultures en marquant en chacune la différence qui sépare tradition d’émancipation et tradition de domination. Les églises et les confessions, catholicisme, évangélisme, islam, ont toujours assorti leurs pratiques respectives de charité par l’idée d’une société privée impliquant la modération. Seul le néolibéralisme a bâti son idée radicale de création de société marchande mondiale sur une propriété privée intouchable ; seul il s’érige en définissant la Société comme société capitaliste néolibérale. Il définit une Ownership Society qui fait de la propriété privée son sacré qui légitime en fait, tout en le tempérant un peu, les monothéismes religieux dominants. Cette propriété est désormais un droit d’exclure les autres, les non propriétaires, et elle s’attaque à tout ce qui de près ou de loin est bien public et espace des communs non marchandisables (eau, air, terre, santé, école, écosphère, protection sociale). Cette propriété de fait colonise la planète, les cultures, les personnes, et c’est dans la lutte – sociale, interculturelle et politique – contre cette colonisation néolibérale, contre ce qui fait d’elle une croisade et une dictature prétendant définir La Vraie et Unique Civilisation, que peuvent s’unir les pratiques d’émancipation, qu’elles peuvent composer leurs différences et dissonances et rendre symphoniques leurs hétérogénéités. Les cultures, les peuples, les nations, les masses de personnes opprimées refusent le faux universel d’une mondialisation totalitaire qui enferme dans une prison insupportable le globe et l’histoire, le temps et l’espace.

 

André TOSEL, Nous citoyens laïques et fraternels ?, Kimé, 2015, p. 86.

 

III.4 – Les résistances aux progrès de la laïcisation du mariage

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