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II.13 – Traduire « laïcité » par « laicity »

Le philosophe Guy Coq propose de dépasser les querelles à propos d’une éventuelle exception française en matière de laïcité. En ce début de XXIe siècle, le mot de laïcité est irremplaçable pour exprimer non seulement la liberté de conscience mais l’autonomie du pouvoir politique et la paix civile dans un contexte de pluralisme religieux. À la fin du XIXe siècle, déjà, Ferdinand Buisson insistait sur le besoin d’user du terme laïcité pour rendre compte d’une idée non réductible à la sécularisation (voir texte II.2). Usant d’une analogie avec le mot démocratie, Guy Coq montre qu’une idée peut avoir une valeur universelle tout en ayant un lieu et une date de naissance repérables : la Grèce pour la démocratie, la France pour la laïcité. 

 

Nous avons pris conscience du principe de laïcité à travers l’histoire française, entre la fin du XIXe siècle et le début du XXe siècle. Parallèlement au mot, nous avons donc assisté à la construction même d’un principe de laïcité. Le mot s’est formé dans la langue française, est-ce une raison suffisante pour considérer le principe comme exclusivement français ? Les principes, même universels, naissent toujours quelque part, dans une langue, une culture, une histoire.

La démocratie est née en Grèce, mais le principe démocratique dépasse la Grèce. Certes, les choses restent marquées par les lieux où elles sont nées. Personne ne se choque que l’on parle grec pour désigner le principe de la démocratie. La particularité linguistique est un hommage à l’origine, et la question de la traduction est donc un faux problème selon moi. La particularité du nom ne doit pas cacher l’immense portée de ce qu’il désigne.

Pour ma part, lors de la publication de l’un de mes articles dans le New York Times, j’avais imposé, dans la traduction américaine, le mot « laicity » fabriqué du français. On peut discuter de l’étymologie obscure du mot laïcité, mais le sens du mot ne fait aucun doute. Aucune solution de substitution ne convient. Le terme international concurrent, secularism, ne convient pas, car le terme sécularisation cache la spécificité même du principe de laïcité. La laïcité est un principe à l’instar des Droits de l’homme. La sécularisation, elle, désigne un processus de recul progressif, parfois brutal, de la place de la religion dans la société. Évidemment, la laïcité n’implique pas la sécularisation. Le processus de sécularisation suit son chemin. À une certaine étape, il appelle l’explication du principe de laïcité. Car celui-ci, dans un contexte de pluralisme religieux produit par la sécularisation, s’avère indispensable à la paix civile. De plus, il est le garant de la liberté de l’acte de foi.

En conclusion, ni sécularisation, ni laïcisation, encore moins laïcisme, qui a le défaut de désigner une fausse laïcité, une position théorique de lutte contre les religions peuvent la nommer. Bref, je suggère de mettre en usage, au plan international, le mot « laicity ».

 

Guy COQ, « Intervention », dans Faire vivre la laïcité sous la direction d’Alain Seksig, Le Publieur, 2014, pp. 281-282.

 

Chapitre III – Enjeux et controverses contemporains

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