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Chapitre V – Vocation de la laïcité scolaire contemporaine

À la fin du siècle dernier, un préjugé idéologique a fait croire que plus l’école serait exonérée de l’obligation de transmettre des connaissances, plus elle rendrait service aux élèves. Ce préjugé est-il  aujourd’hui en voie d’extinction ou a-t-il pris des forces nouvelles sous l’effet  de l’ultralibéralisme ?  L’actuelle invasion des compétences et de l’évaluation en continu fait craindre une incrustation profonde de la vulgate anti-instruction.

Pourtant, tout ne semble pas joué. Ainsi, au lendemain des attentats meurtriers de janvier 2015 à Paris, la Ministre de l’Éducation nationale Najat Vallaud-Belkacem a lancé un appel à la mobilisation de l’école pour transmettre et faire partager les valeurs la République parmi lesquelles la laïcité. L’instruction est alors à nouveau apparue comme la grande tâche, patiente, lucide  et persévérante, de l’école laïque, selon des formes appropriées au monde d’aujourd’hui. D’où, en effet,  l’école tirerait-elle sa légitimité particulière à faire partager les valeurs de la République si elle ne transmettait pas des connaissances les plus objectives et les mieux assurées, qui munissent les élèves des moyens intellectuels pour comprendre le monde dans lequel ils vivent ? Assurément, il ne s’agit pas de transmettre les connaissances  comme si l’on dictait des consignes. Nul ne s’instruit  vraiment s’il ne comprend pas ce qu’il apprend et s’il n’est pas placé en situation de vouloir progresser dans sa science. Mais l’actuel déferlement des compétences à l’école, au détriment des connaissances, récemment pointé  par l’Académie des sciences, entrave l’accomplissement des missions fondamentales de l’école[1]. En l’absence de formation au raisonnement critique et de transmission de connaissances fondamentales autour de disciplines scolaires,  l’école laïque sera inévitablement suspectée d’une volonté  d’endoctrinement idéologique lorsqu’elle se mobilise pour les valeurs de la République. Et elle ne  disposera pas  de l’autorité morale suffisante pour résister aux pressions de communautarismes rivaux, soumis à la loi du plus fort et à l’argument d’autorité.

Un deuxième préjugé fait également   obstacle à l’accomplissement de la tâche qui incombe à l’école laïque : transmettre à la fois des connaissances assurées et les valeurs de la République. Il consiste à imaginer que l’école pourrait à elle seule faire disparaître les racismes, les replis, les préjugés, les violences… Il suffirait pour cela qu’elle organise des débats bien conclus et qu’elle mobilise les bons sentiments qui poussent à l’engagement.  Cet excès de confiance en l’efficacité  du « super prof carrément investi » et aux recettes d’experts verbeux, conduit à attendre de l’enseignant l’impossible. De telles demandes, souvent irrationnelles par leur démesure, culpabilisantes et concurrentielles,  produisent très généralement l’effet contraire  de celui escompté, puisqu’elles  découragent les enseignants et aggravent leur insécurité. La patience, la modestie et la considération des enseignants de terrain  pourraient, par contraste, valoir comme des vertus de l’institution scolaire contemporaine.

L’école paraît se heurter aujourd’hui à un troisième obstacle mental, relevant celui-là du déni de réalité. Ainsi, les tenants d’une « laïcité accommodante et accueillante », sont enclins à ignorer la réalité des remises en cause de l’explication rationnelle du monde, au prétexte de récusation du scientisme et de respect des croyances. Et, par crainte d’imiter  Voltaire, ils ignorent la réalité de la résurgence du fanatisme et de l’obscurantisme, comme s’il suffisait de ne pas parler d’une réalité pour la faire disparaître. Pourtant, les idéologies de la haine exercent aujourd’hui une pression intimidante efficace, dans un contexte de précarité économique et de relégations sociales.

Si l’école laïque ne peut pas tout, cela ne veut pas dire qu’elle ne pourrait rien. La  promotion volontariste des missions essentielles de l’école peut donner toutes ses chances à la laïcité scolaire contemporaine.

Les textes qui suivent reprennent les principaux articles du code de l’éducation relatifs à la laïcité scolaire (texte V.1), la charte de la laïcité à l’École (texte V.2), des commentaires d’articles de la charte (textes V.3, V.4, V.5), et des textes relatifs à la visée de la laïcité scolaire (textes V.6, V.7, V.8).

 



[1]  http://www.academie-sciences.fr/pdf/rapport/avis_270515.pdf