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Chapitre II – Du mot à l’idée

On rencontre aujourd’hui peu d’opposants déclarés à la laïcité. C’est plutôt autour de la définition de la laïcité que tournent les querelles. De là vient une certaine cacophonie dans l’usage du mot laïcité, dont on croit parfois se préserver en cherchant l’essence définitive de la laïcité. Mais le dogmatisme qui voudrait enfermer la laïcité dans une formule simple et unique, échoue devant la complexité et les contradictions de la réalité. À l’inverse, un scepticisme qui considère que le terme laïcité dit le même et son contraire, au point de ne plus rien signifier, ignore les constantes et les enjeux que la laïcité manifeste dans l’histoire.

Par delà ces deux postures stériles, il y a place pour une approche critique et problématique de la laïcité, qui considère la laïcité non comme une idéalité mathématique que l’esprit saisirait intégralement, mais comme une idée politique donnant lieu à des approches multiples, qui ne sont pas nécessairement incompatibles. Ordinairement, on ne prétend pas définir le socialisme, le libéralisme, le fascisme ou la démocratie comme on définit le cercle. Car les doctrines comme les régimes politiques ont des formes diverses et variables, même s’il est possible d’en dégager des constantes. Il en est de même de la laïcité. À l’instar de toute idée politique et de tout idéal humain, la laïcité s’inscrit dans une histoire. Elle est travaillée par des passions et traversée de contradictions. Depuis plus d’un siècle, elle est l’objet d’engagements personnels profonds et accompagne des combats collectifs majeurs, dont il convient de saisir les enjeux.

Une telle approche de la laïcité paraît conforme à son esprit. Tout au long de son histoire, la laïcité, qui n’a cessé de se transformer, a croisé ou promu des exigences qui, sans se contredire, ne sont pas nécessairement du même ordre et ne s’accordent pas d’elles-mêmes. La laïcité renvoie directement à ce que la Constitution nomme « l’idéal commun » de liberté, d’égalité et de fraternité et, avec plus ou moins de constance et d’insistance, à la concorde, à la solidarité, au refus de l’intolérance et du fanatisme. À des degrés divers, la laïcité croise le principe de l’intérêt général et la considération de la singularité individuelle, les exigences de la raison critique et celles de la liberté de conscience, l’universalisme et le pluralisme social réfractaire à l’uniformité des modes de vie. Aussi, n’y a-t-il pas lieu de se disputer sur un mot, mais d’en saisir les enjeux politiques et philosophiques, et d’apprécier les valeurs en présence. Comme l’écrit l’historien Jean-Paul Scot, « plutôt que d’affirmer de façon caricaturale la nécessité d’une ‘laïcité ouverte’ comme s’il pouvait y avoir une ‘laïcité fermée’, il serait plus sérieux de poser explicitement la question des références philosophiques de la laïcité et des Droits de l’homme » (« L’État chez lui, l’Église chez elle ». Comprendre la loi de 1905, Seuil, Points, 2005, pp. 346-347.)

 

Prenant appui sur les principes formulés dans la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789, la laïcité émerge politiquement dès la Commune de Paris, sans encore être qualifiée comme telle (texte II.1). Elle est dix ans plus tard expressément revendiquée comme un « néologisme nécessaire » par les républicains de la IIIe République qui ont visé, après le massacre de la Commune, l’instauration pacifiée et durable de la société moderne des droits de l’homme (texte II.2). Républicaine, la laïcité s’affirme simultanément comme démocratique (textes II.3, II.4). Elle se présente comme la meilleure des garanties de la liberté religieuse (textes II.5, II.6). Explicable d’après les principes de neutralité et de séparation (texte II.7), mais aussi à partir de ses contraires (texte II.8), la laïcité est en premier lieu un principe politique, qui ne se réduit pas à la souveraineté de l’État (textes II.9, II.10). Par delà les distinctions du domaine privé et du domaine public, on aperçoit que la laïcité ne relève pas seulement de la politique mais aussi de la société et de la culture, de sorte que des clarifications conceptuelles sont toujours nécessaires pour mieux rendre compte des nouveaux problèmes et des nouvelles perspectives qui s’ouvrent à la laïcité (textes II.11, II.12). Il apparaît alors que la laïcité n’est pas une exclusivité française mais un principe universel intellectuellement identifiable, distinct de la sécularisation (texte II.13).

 

II.1 – La laïcité dès la Commune de Paris, Décret du 2 avril 1871

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