Une nouvelle procédure
d'admission des candidats en classes préparatoires qui
suscite des interrogations
Les professeurs de classes préparatoires ont reçu
un document ministériel qui a pour titre : " Cahier
des charges relatif à la procédure nationale d'admission
des candidats à certaines formations de l'enseignement
supérieur à caractère sélectif
"
Cette nouvelle procédure de recrutement doit s'appliquer
d'abord dès cette année aux CPGE et aux classes
prépas intégrés. Il s'agit d'un système
d'informatique dont l'objectif affiché est d' " optimiser
la sélection et le recrutement des candidats pour, d'une
part offrir un éventail de choix plus large aux candidats
et de meilleures chances d'intégrer la formation de leur
choix, et d'autre part de mieux pourvoir aux places ouvertes dans
les formations et les filières des établissements
participants ". Plus loin, il est précisé
que " les établissements participants pourront
être de statut public ou privé (sous contrat ou hors
contrat), la procédure étant d'autant plus efficace
qu'elle rassemble le plus grand nombre d'établissements
" concurrents " ".
Nous passerons sur le détail précis de ces procédures
et sur les difficultés pratiques que leur mise en oeuvre
risque de rencontrer, pour n'en retenir que les étapes
essentielles et les fins recherchées.
1ère étape
Les candidats formulent leurs voeux. Ils devaient auparavant
formuler 3 voeux par filière ; ils pourront désormais
en formuler 8 : 12 voeux, si l'on ajoute des voeux possibles dans
d'autres filières. Une extension géographique des
voeux est prévue. Tous les voeux seront traités
par l'ordinateur du ministère.
Autre modification importante : jusqu'à présent,
le 1er vu avait une importance décisive puisque le dossier
était envoyé au lycée choisi et passait en
commission. S'il était refusé, il était envoyé
dans le lycée du 2ème vu où il passait en
2ème commission et avait donc moins de chances d'y être
retenu. Le candidat se trouvait donc dans la nécessité
de bien choisir ce 1er vu, d'éviter un vu où il
risquait d'être refusé. Désormais, cette contrainte
n'est plus aussi forte puisque tous les voeux (1er, 2ème
;3ème etc..) sont traités en même temps par
l'ordinateur ministériel lors de " simulations "
informatiques.
2ème étape
Les commissions d'admission des lycées doivent classer
tous les voeux et ne peuvent plus dorénavant recruter en
dehors de ce système. Le document ministériel le
précise bien dans un nota bene : " La mise en place
de cette procédure nationale d'affectation nécessite
l'adhésion de l'ensemble des participants à des
règles de fonctionnement, et notamment la plus importante
d'entre elles : aucun élève ne peut être admis
en dehors du cadre établi par la procédure.
"
Impossible par exemple de recruter un bon élève
qui a hésité et arrêté son choix tardivement,
ou un étudiant qui, après avoir commencé
une année à l'université, se ravise et préfère
l'année suivante envisager une classe prépa. Pas
de liste supplémentaire, pas de désistements en
fin d'été.
3ème étape
L'ordinateur du ministère calcule le meilleur des mondes
possibles et répartit lui même les candidats. Une
proposition est alors faite à chacun d'entre eux. "
Les candidats disposent de 72 heures pour consulter la proposition
qui lui est faite et fournir une réponse. "
Conséquences :
1- Les candidats prendront moins de risque à demander
des lycées plus " cotés ".. Prenons un
exemple. Soit un candidat qui demande la filière ESC au
lycée X en 8ème vu ; supposons qu'il soit classé
en 13ème position par la commission de X, il a plus de
chances d'être admis au lycée X , s'il n'obtient
pas ses 7 premiers voeux, qu'un candidat qui demande ce lycée
en 1er vu mais qui est classé 14ème. Les lycées
les plus " cotés " pourront donc puiser leurs
élèves dans un vivier de recrutement plus étendu
qu'auparavant. Les autres lycées moins " cotés
" n'en subiront-ils pas les conséquences, étant
donné qu'ils auront moins de chances d'avoir de bons dossiers
? Certains d'entre eux ne risqueront-ils pas de voir fondre leurs
effectifs, .en raison de la loi inflexible de la concurrence que
fera jouer à plein cette procédure ? Le remplissage
optimal des uns risquerait donc de se traduire par le vidage des
autres. Le problème se posera surtout pour les classes
prépas littéraires qui pâtissent déjà
d'un recrutement plus difficile à cause de la chute des
effectifs en sections littéraires au lycée.. .
2- Le ministère dispose dorénavant du contrôle
absolu de la gestion des effectifs : non seulement, cette nouvelle
procédure risquerait d'entraîner la baisse des effectifs
de certaines classes prépas, mais en outre, il permettrait
de traquer les petits effectifs et de justifier des fermetures.
3- Ce système risquerait d'avoir aussi de lourdes conséquences
pour des options comme le latin, le grec, certaines langues vivantes
en classes prépas littéraires et aboutir à
leur concentration dans quelques lycée en nombre très
réduit.
Commentaire et conclusion :
Il s'agit là d'une première analyse, sans doute
incomplète. N'oublions pas qu'au nom de l' " harmonisation
" des formations du supérieur, les classes prépas
sont menacées. Comme on le sait, le ministère ne
s'est jamais caché de vouloir mettre progressivement en
extinction l'existence des classes prépas car elles sont
une " exception française ".
Si on a bien saisi la logique de la nouvelle procédure
de recrutement, elle permettrait à terme de maintenir quelques
classes prépas d'excellence dans les centres de quelques
grandes villes, mais que deviendraient les autres ?
Jean.Michel.Escamilla et Didier.Carsin, lycée
Claude Monet du Havre, Régionale de Rouen.
