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Conférence des présidents d’associations de spécialistes — Audience du 19 septembre 2007 au Ministère de l’Éducation nationale

Avant de présenter la Conférence, ses principes, ses prises de position et ses activités, j’ai tenu à remercier très vivement M. le Ministre et son Conseiller pour la pédagogie, M. Mark Sherringham de nous avoir accordé cette audience. La dernière audience accordée par un Ministre de l’Education Nationale à la Conférence remonte en effet à 1993, où celle-ci fut reçue par François Bayrou et son Directeur de cabinet, M. Xavier Darcos. Cette audience représente donc pour la Conférence une reconnaissance de l’intérêt de ses positions et de la qualité d’expertise de ses analyses auxquels sont sensibles tous ses membres.

J’ai présenté la Conférence comme un rassemblement d’associations de professeurs intervenant dans les 3 voies d’enseignement, général, technologique et professionnel unies dans un même combat : la défense de la qualité de l’enseignement ; les différentes associations qui la constituent sont tout particulièrement attachées à une instruction procédant des disciplines, au maintien des 3 voies d’enseignement, de concours nationaux de recrutement des professeurs, de programmes nationaux d’enseignement organisés dans un cadre horaire national, de filières spécifiques et exigeantes qui conduisent à des baccalauréats de qualité sanctionnant de réels et solides acquis, garantis par un examen national et anonyme.

C’est pourquoi, j’ai immédiatement fait part à nos interlocuteurs de nos inquiétudes à propos de la mise en œuvre du « socle commun de connaissances et de compétences » dont la déclinaison des items peut apparaître comme une menace contre les spécificités disciplinaires et leurs exigences propres ; il en va de même concernant l’institution de la bivalence qui présente à nos yeux, un risque important de dévaluation disciplinaire. Nous sommes également préoccupés par les effets de l’autonomie des établissements sur les priorités disciplinaires et l’organisation des études ; qu’en résulterait-il quand au respect de la liberté pédagogique reconnue par la loi ?

Avant de proposer une organisation de la rencontre, j’ai rappelé la revendication constante de nos associations d’être consultées, à titre d’expert, par toute instance chargée d’élaborer ou de modifier le contenu des programmes disciplinaires. Invités en 1991 par M. Dacunha Castelle, conseiller du Ministre de l’Education Nationale, à élaborer la charte des programmes, les présidents d’associations ont été ensuite écarté des GTD. Sur cette question, comme sur d’autres concernant le métier de professeur, la prise en considération du point de vue des spécialistes que nous sommes, nous semble indispensable.

Après voir écouté successivement Josiane Druon de l’Association des Professeurs de Vente s’exprimer au nom de l’enseignement professionnel, Paul-André Bucher de l’Association des Professeurs de Communication, Economie et Gestion pour la voie technologique, Bernard Capdupuy de la Société Nationale des Langues Néo-Latines et Romain Vignest de l’Association des Professeurs de Lettres pour l’enseignement général, M. le Ministre, puis son Conseiller nous ont répondu à la fois de manière globale et différenciée.

Josiane Druon a mis l’accent sur l’importance de maintenir un enseignement professionnel, mais aussi un enseignement général de qualité en lycée professionnel afin de valoriser la voie et de motiver les élèves qui y sont accueillis et dont le profil est particulier. Sur ce point elle a soulevé le problème du logiciel de recrutement PAM, qui fondé uniquement sur les notes est plutôt inadapté à l’évaluation des élèves de LP. Elle a ensuite évoqué la question de l’avenir des LP par rapport à la volonté de développer l’apprentissage, la formation par alternance et la mise en place du bac en 3 ans.

Paul-André Bucher a rappelé que pour l’ensemble des enseignements technologiques, il est fondamental de conserver les trois voies d’enseignement, spécificité du système éducatif français, unique en Europe. Les technologies doivent être reconnues comme constituant une culture de même niveau que les cultures scientifique ou littéraire.

Un grand nombre de bacheliers actuels accèdent à ce grade grâce aux baccalauréats de cette voie et un grand nombre d’étudiants peuvent ainsi poursuivre des études supérieures. La voie technologique joue un rôle prépondérant d’ »ascenseur social » et nous sommes favorables au maintien de ce rôle, un grand nombre de professeurs des classes d’enseignement technologique démontrent au quotidien leurs compétences dans ces classes. Ils sont attachés à l’orientation de la voie technologique vers l’enseignement général, car les élèves de ces filières doivent pouvoir réussir dans toutes les voies post-baccalauréat : STS, IUT, classes préparatoires et éventuellement université. Les bacheliers de la voie technologique s’orientent certes majoritairement vers les STS et les IUT mais, depuis quelques années, et ce sera encore davantage le cas avec le système L-M-D, ils poursuivent ensuite des études vers des licences. Il faut accroître les places en BTS pour que chaque lauréat du bac techno puisse y poursuivre ses études et développer les licences professionnelles. Une formation générale accrue dès les classes du secondaire est donc fondamentale pour leur permettre de poursuivre leurs études avec toutes les chances de réussite.

L’actuelle absence de lisibilité entre les baccalauréats technologiques et ceux de la voie professionnelle est désolante et désoriente tant les élèves que leurs parents. Un positionnement très net des sections technologiques vers l’enseignement général doit permettre à ces élèves, et à leurs parents, une orientation future vers nos sections beaucoup plus positive qu’actuellement.

La consécration du maintien de la voie technologique dans notre système éducatif, maintien concrétisé par la récente rénovation des classes technologiques tertiaires, semble démontrer que les instances ministérielles ont compris ce message. Il convient cependant de donner à nos bacheliers tous les moyens pour leur permettre de poursuivre des études supérieures dans des conditions qui favorisent leur réussite. Pour atteindre tous ces objectifs, il conviendra cependant d’abandonner, dans le cadre de l’orientation en fin de seconde et/ou de terminale, la stricte gestion des flux basée sur le quantitatif au bénéfice d’une gestion de flux basée sur la qualitatif.

Bernard Capdupuy a rappelé que la Conférence défendait l’enseignement disciplinaire. C’est un point essentiel de notre doctrine depuis 1973. Les enseignants doivent être recrutés par concours nationaux.

L’opposition de la Conférence à la bivalence est fondée entre autres sur le fait que beaucoup de nouveaux certifiés de langue vivante ont un énorme travail à faire dans leur propre discipline. Ils ne peuvent pas biaiser, il leur faut connaître parfaitement la langue qu’ils enseignent sinon ils perdront leur crédibilité auprès d’élèves bilingues.

La Conférence est également opposée à la fin du recrutement par concours des professeurs de musique et d’arts plastiques. Il y a d’excellents techniciens des arts et de la musique dans les écoles municipales mais il leur manque cette dimension d’éducateurs formés à l’université puis par le contact, dans les classes, avec les tuteurs ou conseillers pédagogiques. Ils n’ont pas les mêmes objectifs éducatifs.

Concernant les langues, si l’on veut attirer des enseignants de qualité en langue il faut que les langues retrouvent d’urgence les objectifs culturels qui étaient les leurs , en particulier par un retour à l’initiation aux grands textes étrangers pour éviter un enseignement trop « franco-français ».

Bernard Capdupuy s’est personnellement réjoui de lire dans le « discours du président aux éducateurs » l’affirmation selon laquelle « il faut connaître deux langues en plus du français et que l’enseignement des langues doit être un enseignement de culture et de civilisation ». « Je souhaite, a dit le président, que nos enfants apprennent les langues à travers la littérature, le théâtre , la poésie… »

A l’école élémentaire, il faut enseigner d’autres langues que l’anglais. Développer dans les écoles et maintenir les classes d’allemand et d’espagnol là où elles existent, sans supprimer ce qui existe pour installer autoritairement une autre langue.

Romain Vignest, qui clôt les interventions pour l’enseignement général, précise que, s’il parle bien sûr au nom de l’APL et pour l’enseignement général, il a été plus spécialement chargé par la CNARELA et l’APFLA-CPL de porter leurs revendications. Il souligne l’état particulièrement préoccupant de l’enseignement des lettres, alors même que cet enseignement est le fondement indispensable de la transmission des connaissances en général, quelle que soit la discipline concernée. Il demande par conséquent qu’un véritable enseignement, spécifique et méthodique, de notre langue soit rétabli à l’école primaire et au collège, ce qui implique un enseignement de la grammaire de phrase et de la grammaire de mot, en lieu et place de l’absconse grammaire de texte aujourd’hui dominante. Il faut en outre que, selon la tradition qui fut longtemps celle de notre école, l’élève apprenne notre langue dans les grands textes qui composent notre (et son) patrimoine littéraire, qu’il les fréquente assidûment, précocement et durant tout son cursus, y compris au lycée professionnel. Aujourd’hui en effet, la littérature a été évacuée de nombreux collèges et l’élève ne la rencontre qu’à partir de la seconde, dans des conditions et selon des programmes qui, marqués par un technicisme délétère, sont peu propices à la lui faire aimer. Nous demandons à cet égard que l’étude des textes soit recentrée sur leur sens et replacée dans une perspective historique et que les programmes assurent une véritable culture littéraire aux lycéens : est-il acceptable qu’un bachelier n’ait jamais lu une tragédie de Racine ou un roman de Balzac ? Au reste, cette déficience linguistique et culturelle en amont et ces dérives technicistes expliquent pour une bonne part la désaffection que connaît actuellement la série L. Celle-ci souffre également de la pauvreté relative de son menu. Nous pensons qu’il est nécessaire d’ouvrir son programme d’histoire sur d’autres périodes que la période contemporaine, ainsi qu’à l’histoire de l’art, que la littérature reprenne toute sa place dans les programmes de langues étrangères et qu’une langue ancienne soit enfin inscrite à son tronc commun.

A propos des langues anciennes justement, dont certains collégiens (par exemple ceux des classes Cham) sont actuellement privés, nous pensons que les contenus et l’organisation des cours doit permettre de les enseigner en connexité avec le cours de français ; autant dire que nous refusons toute dissociation, ouverte ou larvée (à travers des affectations sur des cours de langues anciennes uniquement) des trois pans de notre discipline, grec, latin et français. Nous remarquons en outre que la déperdition d’effectifs en langues anciennes se fait principalement à l’entrée en seconde. A cet égard, nous soulignons le caractère particulièrement pervers du système des options de détermination. Outre qu’il met en concurrence des enseignements non disciplinaires, dont il faudrait à tout le moins évaluer la pertinence, avec des disciplines à haute teneur culturelle (langues anciennes, langues vivantes, arts), il pervertit complètement l’orientation en première, puisque l’élève doit, en fin de troisième, choisir de fait, à travers son option de détermination, sa future série sans en connaître véritablement la nature des enseignements qui lui seront alors dispensés, qu’ils soient littéraires ou scientifiques. Ce choix se fait par conséquent, non selon ses goûts, mais en fonction de la côte de ces séries ; un bon élève choisira ainsi le plus souvent l’option MPI pour aller en S, et, en passant, abandonnera le latin. L’APL estime pour sa part que, s’il n’a pas décidé de suivre un enseignement technologique, l’élève devrait choisir un enseignement complémentaire de culture générale, obligatoire, parmi une langue ancienne, une troisième langue vivante et un enseignement artistique.

En guise de synthèse, je me suis permis de citer et de commenter brièvement une phrase extraite de la « lettre aux éducateurs » de M. le Président de la République : »L’enseignement par disciplines doit demeurer parce que chacune a sa logique propre, parce que c’est le seul moyen d’aller au fond des choses ».

« Nous sommes d’accord sur l’essentiel » nous a d’emblée déclaré le Ministre. L’Ecole doit être le lieu de la transmission des connaissances ; la culture générale, le savoir disciplinaire et sa cohérence organique doivent jouer tout leur rôle pour corriger les effets négatifs induits par l’environnement communicationnel auquel sont exposés les élèves. En lettres la connaissance des grands textes doit être mise au premier plan ; il conviendra, en particulier en série L, de corriger l’excès de technicisme par un recentrage de l’étude en direction du sens et de la substance du texte.

Favorable à la conservation des 3 voies, il a répondu à Josiane Druon qu’il ne fallait pas avoir trop d’inquiétude sur l’avenir des lycées des métiers qui se mettent en place et doivent perdurer ; il n’y aura pas de développement à outrance de l’apprentissage ; pour ce qui est du problème des bacs en 3ans, ils concernent plutôt les filières industrielles et ne sont ouverts qu’à la demande des établissements après concertation avec les enseignants . Concernant l’enseignement technologique, il a répondu à Paul-André Bucher qui s’était étonné de l’absence de tout propos au sujet de la filière technologique, dans le discours de rentrée du Ministre, que s’il n’était pas intervenu sur ce point, c’était tout simplement parce que cette filière ne présentait aucun souci.

Sur un plan plus général, les programmes, les concours, la grille horaire doivent rester nationaux, mais il convient de réserver un temps de souplesse laissé à la discrétion des professeurs pour organiser le soutien des élèves ayant, pou des raisons sociologiques des difficultés à suivre le cursus ( 40% des élèves de collège)ou engager un approfondissement voire une approche interdisciplinaire pour les meilleurs élèves. Cette approche qu’il convient de développer au lycée, ne saurait être engagée qu’à partir des disciplines elles-mêmes si leurs bases sont maîtrisées.

Sur la question de la qualité de la formation des professeurs, des dérives théoriques et technicistes du pédagogisme , il faut compter sur l’intégration des IUFM au sein des universités pour que la formation soit recentrée sur la maîtrise des savoirs et sur un recrutement des professeurs qui devra être effectué au niveau mastère (diplôme obtenu).

Sur la question connexe de la bivalence, le Ministre reconnaît qu’il n’en est pas vraiment adepte, mais se montre favorable à l’acquisition de mentions complémentaires au CAPES et à l’agrégation très utiles pour exercer dans des collèges difficiles, afin que les élèves bénéficient d’un encadrement disciplinaire plus restreint ( moins de professeurs) et donc plus stabilisateur. Au passage, il nous a confié sa plus grande circonspection par rapport au « modèle finlandais » plutôt inadapté aux réalités sociales de notre pays.

Il a ensuite abordé la question des filières et du baccalauréat. L’objectif fondamental est celui de la respécification des filières, seul moyen de corriger les dérives de l’orientation post bac :par exemple, les élèves de séries scientifiques qui s’orientent vers les IUT, les classes préparatoires littéraires ou commerciales, parfois même les BTS pour lesquels les séries technologiques constituent normalement une formation préparatoire. Il faut que chaque série retrouve une spécificité et un niveau d’excellence qui puissent correspondre réellement aux goûts et aux dispositions des élèves.

Par rapport aux inquiétudes particulières, dont nous sommes fait l’écho, de nos collègues des enseignements artistiques, concernant « l’accompagnement éducatif » et le risque de voir ces enseignements se réduire au profit d’activités culturelles animées par des « intervenants extérieurs », il a fermement réaffirmé la prééminence du disciplinaire sur le culturel ; ces activités, visant à mettre les jeunes, surtout défavorisés, en contact direct avec les œuvres, ne sauraient se substituer à l’enseignement disciplinaire des arts, mais constituent un apport que les professeurs peuvent prendre eux-mêmes en charge dans le cadre d’heures supplémentaires.

Le Ministre ayant dû nous quitter à cause d’autres engagements, son Conseiller pour la pédagogie Monsieur Mark Sherringham a pris le relais pour revenir, en vue de nous rassurer sur la question de l’autonomie des établissements, sur les deux principes qui doivent présider à la refondation du système éducatif ; d’une part le pilotage national qui donne au Ministre toute autorité sur les programmes (fin du CNP) ; d’autre part la liberté pédagogique des maîtres qui implique que les programmes soient purgés de toute considération d’ordre pédagogique ; en aucun cas l’autonomie des établissements ne saurait constituer une menace contre ce principe :aucun professeur n’est tenu de se conformer aux choix pédagogiques de ses collègues, fussent-ils majoritaires. Ce qui relève de l’autonomie concerne « l’école après l’école » et ne saurait provoquer de désorganisation dans les horaires d’enseignement.

 Il a pour finir, confirmé que dans le cadre de la remise des programme sous la responsabilité du Ministre, les associations de professeurs spécialistes seront consultées.

L’audience s’est achevée vers 18h30 dans le même climat de cordialité que tout son déroulement, avec le projet d’une nouvelle rencontre dans le courant de l’année. Pour compléter son information, nous avons remis à M. Sherringham des documents émanant de nos diverses associations.

Philippe Blanc
Secrétaire général de la Conférence

 

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