ASSOCIATION DES PROFESSEURS
DE PHILOSOPHIE DE L'ENSEIGNEMENT PUBLIC
Régionale d'Orléans - Tours
COMMUNIQUÉ DE PRESSE
La réforme des programmes de philosophie.
Faut-il se soucier des programmes de philosophie ?
La philosophie est une discipline particulière. Comme d'autres
à l'École, elle ne sert à rien du point de
vue de la recherche des moyens de gagner de l'argent ou d'obtenir
du pouvoir. Mais, de plus, elle oblige à un retour sur
soi-même, sur ce qu'on a appris, ce qu'on est devenu, pour
mieux savoir ce qu'on veut devenir, pour décider réellement
par soi-même. Être éduqué, c'est recevoir
un héritage à l'intérieur duquel il faut
commencer à faire ses choix. C'est cette dimension critique,
difficile il est vrai, qui fait toute la valeur d'un enseignement
philosophique.
La philosophie vient en Terminale parce que, pour juger cet héritage,
il faut d'abord l'acquérir. Elle achève donc un
cycle et correspond à l'acquisition de la majorité
légale, celle qui vous rend désormais entièrement
responsable de vos actes.
Alors, on peut comprendre qu'il faut se soucier du programme qui
définit les conditions de ce passage.
Pour résumer, à la suite de nombreuses consultations
des professeurs, un projet de programme proposé par un
" groupe d'experts " présidé par Michel
Fichant vient de recevoir l'approbation, largement majoritaire,
des professeurs de philosophie. Les professeurs de philosophie
ont été très abusivement soupçonnés
de refuser toute réforme pour s'être opposés
à la proposition de programme d'un précédent
" groupe d'experts " présidé par Alain
Renaut. En fait, nous avons refusé ce qui réduirait
l'enseignement de la philosophie à la récitation
de cours prédéfinis, donc au bachotage. Nous vivons
au jour le jour une difficulté d'enseigner qui n'est, malheureusement,
pas propre au cours de philosophie. Devrions-nous pour cela renoncer
à vouloir conduire nos élèves vers l'autonomie
qui leur est nécessaire ? Nous avons, très majoritairement,
refusé de nous transformer en répétiteurs
d'un cours qu'il suffirait ensuite aux élèves de
répéter (ce à quoi conduisait mécaniquement
la proposition refusée).
Voilà en quoi nous sommes conservateurs. Tout ce qui est
nouveau n'est pas nécessairement progrès et refuser
une proposition de réforme ne fait pas de vous nécessairement
un réactionnaire ! Comme en témoigne le texte qui
le présente, le programme de l'actuel " groupe d'experts
" n'ignore rien des difficultés du temps et de la
nécessité de s'adresser aux élèves
tels qu'ils sont. Mais les mêmes ambitions, définies
au début, doivent rester les nôtres : celles d'un
gouvernement, qui doit définir les missions de l'École,
celles des parents et des professeurs qui veulent que l'éducation
scolaire conduise à la réelle capacité de
s'orienter librement dans la pensée et donc dans la vie.
Un processus est engagé qui nous laisse espérer
qu'enfin nous pourrons nous mettre au travail dès la rentrée
prochaine avec un nouveau programme pour les séries générales
(et bientôt pour les séries technologiques). Reste
pour cela à passer l'étape d'une décision
ministérielle que nous attendons avec autant d'impatience
que de vigilance.
S. Perrier
