Régionale d'Orléans-Tours
Bilan d'une rencontre avec M.Nique,
recteur de l'Académie d'Orléans-Tours, 9 juin 2004.
Nous avons été reçus très cordialement
et écoutés avec attention (pendant une bonne heure).
Pour l'APPEP étaient présents, Philippe Blanc (Lycée
Grandmont, Tours), Yves Prouët (lycée Pothier, Orléans),
et moi-même, tous membres du bureau de la Régionale.
M. le recteur avait demandé à notre IPR, Alain Lasalle,
d'être présent.
Par honnêteté et facilité, j'ai conservé
l'ordre de présentation que j'avais initialement prévu
pour moi et pour anticiper sur la rédaction de ce bilan.
Les remarques de M. Nique sont en italiques. Il est évident
que nous n'en ferons aucun commentaire après coup ici.
Il faut par ailleurs remettre cette rencontre dans son contexte
: nous nous adressions à un recteur, pas au ministère
ni au gouvernement.
L'avenir des L
- D'une diminution des terminales L et de ses causes
La section L connaît une forte désaffection.
Il n'est certes pas possible d'orienter massivement en L indifféremment
à ce que cela entraîne pour le futur de nos élèves.
Autant, par exemple, il est souhaitable que des options artistiques
existent, autant il serait coupable de s'appuyer sur l'attrait
de telles options pour sauver les L. Le souci que nous avons de
défendre cette filière n'est pas détaché
de préoccupations concrètes. Mais, pour une part,
cette diminution nous paraît due à des causes artificielles
(principalement la suppression un temps de l'option mathématique)
ou à des raisons contestables, notamment une volonté
de professionnaliser présentée de manière
ambiguë.
Sur ce dernier point d'abord. L'affaiblissement de l'orientation
en L est favorisé par un discours dévalorisant la
culture générale au profit d'une éducation
scolaire qui n'aurait que la professionnalisation comme fin. Est
ainsi créé un critère d'utilité dont
il n'est pas sûr qu'il rende pourtant compte de ce qui est
réellement nécessaire à la poursuite d'études
longues et de certaines études courtes, du point de vue
même des qualités que demanderont certaines spécialisations
à leur suite. Il y a des débouchés à
partir de la terminale L qui sont en conséquence rendus
invisibles par ce discours qui ne lie pas développement
intellectuel, que les disciplines fondamentales dispensent, et
professionnalisation à long terme (valorisante).
L'assimilation fréquente entre professionnalisation
et simple possession d'un savoir-faire, présenté
comme immédiatement pratique, est un leurre. Il conduit
à la dévalorisation de bien des disciplines utiles
certes d'abord humainement mais aussi parce qu'elles exercent
aux qualités intellectuelles nécessaires à
la poursuite d'études. Même les disciplines scientifiques
peuvent se trouver dévalorisées dès qu'elles
n'apparaissent pas immédiatement liées à
une spécialisation.
En conséquence, effet pervers d'une "bonne"
intention, un tel type de discours entérine injustement
des inégalités. Il séduit effectivement ceux-là
mêmes qui sont déjà poussés par leur
situation sociale à n'envisager dans les études
que la sécurité d'un emploi le plus vite possible
obtenu. De fait, dans les esprits, certains choix, certaines études
d'abord, sont ainsi souvent interdits aux élèves
issus des milieux les plus modestes, alors même que, pour
beaucoup d'entre eux, l'École leur a donné les moyens
intellectuels d'une réussite égale. Il suffirait
d'un autre contexte pour qu'ils aient d'autres ambitions et travaillent
davantage. Est ainsi entériné le manque de repères
ou des repères limités à ceux qui encouragent
la reproduction d'ambitions limitées. Cela est d'autant
plus le cas quand il n'existe pas ce qu'apporte symboliquement
la présence, par exemple, d'universités, de classes
préparatoires et de tout ce qui fait apparaître la
valeur d'une culture générale, de tout ce qui lui
donne une présence (1).
- Conséquences quant à l'orientation.
Concrètement, il nous semble donc très important
de changer un certain nombre de représentations données
des études (du point de vue même du souci que
nos élèves trouvent ensuite des débouchés).
Ces représentations circulent à travers bien des
brochures, distribuées aux élèves comme aux
professeurs, à travers bien des discours d'administratifs
aussi et qui se traduisent quelquefois immédiatement par
des politiques d'orientations presque indifférentes à
la réussite réelle des élèves. Serait
donc nécessaire un discours revalorisant les matières
d'enseignement général, n'ignorant certes pas le
lien avec le devenir scolaire et professionnel. Si l'on veut d'ailleurs
des gens capables de changement, on sait bien que le simple savoir-faire
rencontre vite ses limites [argument qu'il n'y a pas eu besoin
d'évoquer, puisqu'il est venu du recteur lui-même].
Nous ne critiquons pas la politique d'orientation vers les
filières scientifiques, mais nous aimerions que, raisonnablement,
la même politique volontariste d'information et d'orientation
s'applique à la série L.
On trouve tous les genres d'élèves actuellement
en S. On y trouve même des classes de "littéraires"
désorientés. Un regard porté sur les désirs
d'études post-bac est souvent révélateur,
et inquiétant. La question peut se poser de savoir si un
médiocre élève de S se trouve ensuite disposer
de possibilités d'orientation qui correspondent à
ce qu'il fera réellement, par goût et pour avoir
été médiocre en math et sciences. Il serait
intéressant de connaître le devenir de ces élèves
dont l'orientation fut purement négative, c'est-à-dire
motivée par la seule crainte, compréhensible certes,
de l'absence de débouchés dans les autres sections.
En attendant, ils n'auront pas développé les qualités
d'autres sections. Un élève médiocre de S
réussit-il davantage, à long terme, qu'un bon élève
de L ? Il n'est nullement certain que plus de débouchés
s'ouvriront à n'importe quel élève de S.
[Signalons immédiatement que cela nous a été
accordé sans mal]
Pour la même raison, nous avons vu avec satisfaction
l'option mathématique reprendre une place dont la
disparition est l'origine première de la diminution du
nombre d'élèves en T. L. Nous aimerions là
aussi que son existence soit davantage portée à
la connaissance de tous (sans ignorer le rôle propre aux
professeurs). L'information circule lentement et il faut compter
avec les réticences, compréhensibles en un sens,
devant les complications sans doute engendrées par cette
nouvelle possibilité. Bien des débouchés
sont pourtant ouverts par cette spécialisation, qui en
même temps évite l'existence d'orientations négatives
en S ou en ES et l'affaiblissement du niveau de certaines classes
dans ces sections.
Réponse :
Le recteur nous a dit approuver pleinement notre analyse.
Quant au discours sur la professionnalisation (sur les ambiguïtés
duquel nous avons insisté), il n'est un mal que dans la
mesure où celle-ci est immédiatement comprise comme
privilège qu'il faudrait accorder aux études courtes.
L'Académie combat le fait que les élèves
des filières générales occupent les places
destinées aux sections techniques et désertent les
universités (exemple est donné de la faculté
d'Orléans au bord de la désertification quant aux
lettres classiques).
M. Lasalle insiste sur de mauvaises raisons de ce discrédit
de l'université : l'impression d'un échec massif
créée trop souvent par la venue d'élèves
issus des bacs STT et dont ce n'est évidemment pas le débouché.
L'Académie souffre particulièrement d'un déficit
de bachelier, en L y compris. Le taux d'accès au bac général
doit être amélioré et sans doute un discours
sur la valeur des études générales est à
tenir pour favoriser une poursuite d'études longues. L'Académie
est victime d'une tradition pour la poursuite d'études
courtes, du désir aussi de ne pas se déplacer qui
fait privilégier le BTS près de chez soi à
l'université. Les établissements eux-mêmes
tendent à vouloir garder les élèves pour
sauver leur BTS. 70 % des étudiants des IUT sont issus
des bacs généraux. Le discours de certains professeurs,
que nous avons évoqué, n'est évidemment lui
aussi pas sans conséquence. Quant aux études longues
et aux L en particulier, il faut un correctif de l'orientation
après la seconde (2) .
Une priorité devait être accordée, en urgence,
aux filières scientifiques. Mais la même priorité
devra être accordée maintenant aux terminales L.
Un déficit dans le renouvellement de certaines professions
liées aux élèves issus de ces filières
s'annonce (l'exemple du professorat est donné). Sans doute
les effets, pour le moment à court terme, de la désaffection
des élèves pour la L n'ont-ils pas permis de percevoir
immédiatement tous les problèmes qui vont se poser.
Notre demande d'une publicité plus grande faite pour l'option
math est accueillie très favorablement.
L'horaire des terminales S
La plus grande confusion règne quant à cette
question du fait d'une interprétation abusive de textes
pourtant clairs.
C'est la circulaire de rentrée de 2002 qui fait autorité
en la matière, celles de 2003 et de 2004 la continuant
(et précisant qu'il n'existe aucun seuil national).
Pour 2002 : http://www.education.gouv.fr/bo/2002/16/default.htm
" - Dispositions particulières à la série
S
a) Assurer les dédoublements de classes en philosophie
dans de bonnes conditions L'horaire de philosophie en classe terminale
S est actuellement de trois heures hebdomadaires dont une heure
dédoublée. L'année en cours ayant fait apparaître
certaines difficultés, les chefs d'établissement
auront la possibilité de moduler cette enveloppe horaire
de manière souple : soit le maintien de l'horaire actuel
qui permet grâce au dédoublement un travail plus
approfondi sur les notions à étudier, soit le passage
à quatre heures en classe entière."
Il appartient donc aux équipes pédagogiques
de décider, pour des raisons d'ordre pédagogique,
du choix ou non d'un dédoublement. Le programme restant
le même, cela n'a qu'un seul sens : une classe particulièrement
difficile ou faible conduisant à privilégier une
heure dédoublée plutôt que 4 heures classe
entière.
Il est d'ailleurs évident que notre préférence
irait quant à nous à un système permettant
le dédoublement de la 4è heure. Mais il est en tout
cas anormal d'utiliser cette possibilité pour réduire
à 3 heures classe entière l'horaire des S. Donc,
pour être clair, une classe dont l'effectif serait si faible
qu'un dédoublement apparaîtrait inutile se doit de
faire 4 heures, puisque la raison d'être pédagogique
de l'autre possibilité n'a plus aucun sens. Le choix du
dédoublement n'a de sens que devant un effectif lourd et
une classe faible. Autrement l'horaire est de 4 heures classe
entière.
Nous protestons donc contre la transformation d'une mesure d'ordre
pédagogique, due à la très grande différence,
d'attitude et de niveau, qui peut exister entre les classes de
S, en instrument d'économie budgétaire. Réduire
à 3 heures, classe entière, l'horaire de S, crée
les conditions d'une injustice quand d'autres bénéficient
de 4 heures (et très souvent semble-t-il là où
les conditions sont déjà les plus favorables !).
[c'est un fait que nous tenions d'une rencontre avec notre
I.G. et qui nous a été confirmé]
Ajoutons, qu'il y a plusieurs raisons d'accorder toute sa place
et tous les moyens nécessaires à un enseignement
philosophique en S. D'abord compte tenu de la place que des scientifiques
ou de techniciens peuvent occuper dans notre société,
nous n'avons pas besoin qu'ils soient enfermés sur leurs
seules disciplines. Ensuite, parce que, compte tenu de l'orientation
en S d'élèves qui ne se destinent pas particulièrement
à des études scientifiques, il importe qu'ils connaissent
la formation intellectuelle dont la philosophie est porteuse en
plus de ses fins propres.
Réponse :
Un recteur ne peut intervenir sur ce qui relève de l'autonomie
des établissements, autonomie inscrite dans la loi de programmation
de 1989. Remarque très importante tout de même :
la dotation horaire aux établissements est calculée
par le rectorat sur la base de 4 heures-élèves.
Les moyens sont donc donnés. Mais il est vrai, autonomie
oblige, qu'il appartient aux établissements de décider
de leurs priorités... Il faut savoir que si la circulaire
de 2002 est toujours actuelle, elle a une valeur juridique inférieure
à l'arrêté qui la précède où
est seule faite la mention de deux heures plus une dédoublée.
Il s'agit simplement de signaler le flou des textes sans se réfugier
dans le juridisme. C'est aux professeurs de demander ce qui leur
convient, y compris par la voie des conseils d'administration.
M. Lasalle précise l'ambiguïté de la notion
de seuil et les abus qu'elle peut permettre. Nous faisons remarquer
ensemble, sans être démentis, qu'aucun texte en tout
cas, n'admet la possibilité de 3 heures classe entière.
La Formation continue : pour
nous inquiéter de la diminution du nombre de journées.
En plus du maintien, au moins, de ce dont nous disposions, nous
avons demandé des journées supplémentaires
pour des travaux sur l'harmonisation des notes et, à plus
ou moins long terme, sur le programme des classes techniques.
Réponse : diminution des moyens qui n'a rien de propre
à la philosophie et qui ne dépend pas du recteur.
La philosophie n'est pas mal servie et il ne faut rien attendre
de plus. Nous insistons sur le succès de nos stages et
M. Lasalle fait remarquer qu'un même taux de participation
rapporté à une autre discipline (comptant un grand
nombre de professeurs) conduirait à un chiffre étonnant.
Il faut en effet savoir qu'un cinquième du corps des professeurs
de philosophie, de cette académie, participe chaque année
à ces stages.
Les difficultés propres aux sections
techniques
Certaines classes techniques peuvent engendrer des conditions
de travail extrêmement difficiles, par leur faiblesse, par
l'attitude des élèves, en même temps que l'impression
qu'ils ne progressent pas du tout. Certaines sections, dont on
sait qu'elles sont régulièrement les plus difficiles,
comptent de 30 à 35 élèves. Une grande hétérogénéité
y règne, certains élèves étant au
bord de l'illettrisme tandis que d'autres manifestent des qualités
pas si éloignées de celles d'autres sections.
Si l'on reconnaît à la fois la nécessité
et la difficulté particulière d'un enseignement
philosophique dans ces classes, il faut rendre possible la seule
solution qui ne condamne pas les élèves à
perdre leur temps et le professeur à subir patiemment son
mal, c'est-à-dire, dans ce cas, le dédoublement
total des heures de philosophie. Dans le cadre académique,
nous aimerions donc que soit rendu possible ce dédoublement
par son inscription dans les priorités qui encadrent les
projets d'établissement.
Réponse : Là encore, hors du pouvoir d'un recteur.
Possibilité d'utiliser des TZR inoccupés (suggestion
de M. Lasalle). La difficulté propre à un enseignement
philosophique en ces classes est évidente. Il est sans
aucun doute possible de recourir à des dédoublements
demandés par l'intermédiaire des C.A. et inclus
dans le projet d'établissement.
Temps de correction des copies du bac
Nous avons rappelé les conditions particulières
de la correction de dissertations philosophiques. En conséquence
de nos actions, et sans doute d'une réelle compréhension
de nos difficultés particulières, un effort a été
fait ces dernières années qui a conduit à
une meilleure répartition et surtout à un moins
grand nombre de copies (en particulier pour les séries
L). Nous restons vigilants, et en particulier pour que soit renouvelée
chaque année la directive qui exempte de surveillance les
professeurs de philosophie, mesure qui n'a vraiment rien d'un
privilège.
Réponse : Aucune, puisque nous ne demandions rien. Aucune
objection en tout cas (pas plus que lors d'une rencontre avec
la Desco en février dernier, laquelle nous avait assuré
du maintien à l'avenir de l'exemption de surveillance).
Remplacements
Débordant un peu de notre rôle, et à partir
de l'expérience de problèmes à Dreux, pour
des remplacements en philosophie, nous tenions à signaler
la gêne occasionnée par la diminution du nombre de
TZR en situation de faire des remplacements et le hasard auquel
on s'en remet en recrutant des remplaçants par petites
annonces (tout en concédant qu'il n'est jamais possible
d'anticiper sur des situations exceptionnelles).
Réponse (qui vaut pour plus que notre Académie)
: Il n'y a pas moins de TZR (ou plutôt autant de titulaires)
et pas plus de non-titulaires actuellement qu'auparavant. Il ne
s'agit donc aucunement d'une suppression des TZR, si l'on veut
y voir une diminution du nombre de postes. Plutôt que de
mettre des non-titulaires sur des postes à l'année,
pour des raisons d'ordre scolaire et non budgétaire, il
paraît plus cohérent de mettre les titulaires sur
des postes à l'année et les autres à faire
des remplacements. Il y a par ailleurs un problème de définition
des zones de remplacements. Des titulaires peuvent ainsi rester
inemployés tandis qu'il y a des remplacements à
faire.
Conclusion : il est évident, quant aux L notamment,
que nous attendons de voir en pratique ce qui a semblé
faire l'objet d'un accord.
Pour la délégation,
Simon Perrier
Président de la régionale de l'APPEP,
membre du Bureau National.
19 rue des écuyers
28000 Chartres
02 37 91 19 58
simon-perrier@club-internet.fr
Lycée Rotrou, BP. 209, 28104 DREUX.
(1) Il est d'ailleurs déprimant que
de nombreux collègues, depuis le collège, au moins,
tiennent aussi ce discours croyant ainsi motiver leurs élèves
alors qu'ils les dégoûtent, évidemment, de
tout ce qui n'est pas immédiatement formation professionnelle,
donc souvent de leur propre discipline !
(2)Voilà
une remarque qui mériterait évidemment commentaire.
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